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Publié par Julio Von Gepetto

PROCEDURES

PROCEDURES

(LE SALAIRE DE LA HONTE)

 

Le récit qui va suivre est une pure fiction, les noms y sont totalement fictifs et sont inspirés du Louchébem parlé par les bouchers de la Villette.

Toutes ressemblances avec des personnages, des organisations ou des lieux existants seraient totalement fortuites....Bon, enfin j'espère....Hein !

Cette petite histoire est la version moderne et industrielle du livre ‘Le mandat’

D’Ousmane Sembene

Après avoir tourné au-dessus des mangroves, l'avion de Skya atterrit enfin à l'aéroport de Canardcri, capitale du Néguibem, affectueusement appelé « Donaldville » par ses habitants.

Mon ami, Nicolas Madureau, a élu domicile au Néguibem, pays d’Afrique de l’Ouest, il y a quelques années et je venais lui rendre visite.

J'ai connu Nicolas à Potosi, en Bolivie alors que j’étais en Amérique du Sud. Il roulais en 600 BMW série 6 alors que je voyageais avec un R80G/S. A l'époque, on se parlait encore beaucoup entre français voyageurs. Nous avions fait la route ensemble jusqu'à Puno sur le lac Titicaca puis il avait décidé de continuer vers la côte et Arequipa. J'avais préféré continuer sur Cuzco et le Machu-Pichu.

Nous étions restés amis et nous continuâmes à nous écrire régulièrement quoique assez rarement.

C'est dernièrement que j'appris qu'il était à Sangretti au Néguibem.

Profitant d'un travail sur Dakar, je décidais, à la fin de mon séjour, de lui rendre visite.

 

Je trouvais un hôtel et passais la nuit à Canardcri.

Canardcri, 4 millions d'habitants, la population y double tous les 20 ans. Les infrastructures ne peuvent pas suivre et de nombreux quartiers sont privés d'eau et d'électricité, la corruption y est généralisée, les tas d'ordures poussent dans la ville comme des champignons, les embouteillages y sont gigantesques,.....et dans 20 ans, ils seront 8 millions !

 

Le lendemain de mon arrivée à ‘Donaldville, je pris la route vers Sangretti.

 

Après avoir passé 2H30 dans les bouchons, nous arrivâmes enfin à Dukabré, le dernier quartier avant la sortie de la ville. Il y a 20 ans, Dukabré était en pleine campagne.

 

La route qui suit est sinueuse et des accidents s'y produisent fréquemment. On ne peut pas faire une dizaine de kilomètres sans voir une voiture écrasée contre un arbre ou un camion désarticulé dans le fossé.

Vient ensuite le passage de la rivière Fatala. Il y a maintenant un pont mais jusqu'au début des années 2010, il y avait un bac. Le voyageur téméraire pouvait alors attendre, pour traverser, durant de nombreuses heures ou même des jours entiers si le bac était en panne, ou s’il n’y avait pas de carburant, ou si le pilote du bac était malade, ou s’il avait perdu un ‘parent’ au village,...

Les contrôles policiers y étaient aussi fréquents. Il était obligatoire, avant tout départ, de se munir de billets de faible valeur permettant d'étancher la soif des

représentant de l'ordre.

Finalement après avoir passé Fabo puis Kobé, nous aperçûmes Sangretti aux milieux des collines.

 

Je m'arrêtai à l'entrée de la ville et j'appelai Nico sur son portable. Après quatre tentatives de connection infructueuses, celui-ci me répondit au bout de quelques sonneries.

Il m'attendait chez « Jim », un américain qui gérait un restaurant, lieu de rencontre des expatriés vivant à Sangretti.

 

Je garai mon véhicule puis me dirigeai vers la terrasse sur laquelle j’aperçus Nicolas assis devant un verre de pastis dans lequel barbotaient joyeusement une mouche et quelques animalcules non identifiées, profitant de cette fraîcheur parfumée inespérée au milieu de la chaleur caniculaire de l'après midi.

Il regardait ce spectacle bucolique et reposant d'un œil désespéré. Il ne s’apercevait même pas que la petite biche cochon apprivoisée du propriétaire lui léchait goulûment les mollets, lui tirait ses bas de pantalons et cherchait la lutte à grands coups de sa petite tête.

 

« - Salut mon pote Nico,  Que tal Amigo, como esta ? » 

Un pâle sourire éclaira son visage creusé par la fatigue et la maladie.

Il me fit pitié.

« - Que pasa Amigo ?

- Soy muy malo

- Effectivement, ça n'a pas l'air d'aller bien fort, que t'arrive t il ?

- Je n'ai plus d'argent et je suis malade, sûrement une crise de palu, peux tu me dépanner avec 500.000 FG (Francs Néguibemois-50 euros). Je ne peux même plus rentrer à Canardcri.

- Bien sur, sans problème mon pauvre ami. Je vais même te ramener dès maintenant.» 

«- Diénéba, ma Chérie, envoie 2 pastis, fis je à l’adresse de la serveuse qui sommeillait sur le bar en regardant d’un œil glauque les aventures de Conchita et Pépito à la télévision»

«- Ici c'est l'enfer, laisse moi te raconter, poursuivit Nicolas

Comme je te l'avais écrit lors de nos derniers émails, j'ai créé une petite entreprise d'électricité à 'Donaldville. Ca ne marchait pas trop mal....enfin, j'arrivais à m'en sortir.

Il y a environ 15 jours, mon ami Belge, Ildéfonce Moulaert, m' a proposé une super affaire ici à Sangretti.

Il s'agissait de travailler pour Lacague, un consortium minier.

- Tu verras, ils payent bien et tu peux charger’, m'avait il dit. Tu devras juste installer un petit coffret avec un disjoncteur type multi 9 et alimenter 4 lampes de 100 Watts. Ils ne trouvent personne pour faire cela.

Surprenant ! Non ? et pourtant c'est très bien payé : 500 Euros pour 5 jours de travail. »

 

Je sautai sur l'occasion et signai le contrat à Canardcri dans les bureaux de Lacague.

Cependant, avant de commencer tout travail, je devais passer un bilan médical complet comprenant analyse de sang, d'urine, électrocardiogramme, analyse

pulmonaire, radio... Il m'ont même radiographié Popol et les 2 orphelines. Y'a rien dedans, même pas un os, walou, rien , makache.

La dose a été tellement puissante que maintenant elles s'allument la nuit. Ma femme s'en sert de liseuse mais j'ai peur qu'elle s’abîme la vue à la longue, me dit il avec un pauvre sourire.

Seul le docteur Amidou Diallo à Sarkam était habilité à faire passer le bilan de santé. Il avait le monopole et Moktar Ben Larbi, le médecin de l’entreprise refusait catégoriquement les bilans provenant d’autres laboratoires.

Ce sont les mystères de l'Afrique et les intéressés sont les seuls à savoir pourquoi (Les autres ne font qu’imaginer).

Le Docteur Ben Larbi nous expliqua qu’il est préférable de s’adresser à de vrais médecins compétents et intègres car il y a beaucoup de magouilles et de faux prophètes dans ce domaine.

 

Je rassemblai mes outils et mon matériel et partis le dimanche matin sur Samkar situé à 100 km environ de Sangretti. Le bilan médical dura 2 jours et me coûta la modique somme de 150 Euros.

J'appris avec une grande satisfaction que d'après les analyses, je n'étais ni alcoolique, ni drogué et en relative bonne santé.

Avec le bilan médical, le matériel et les déplacements en taxi, j'avais déjà dépassé les 3 Millions de FG, c'est à dire plus ou moins 300 Euros.

Le mercredi matin, je partis sur Sangretti et je me procurais un vélo chez un ami car le chantier n'était pas très loin et je n'avais plus les moyens de rouler en voiture.

Le jeudi matin, j'arrivai aux portes du chantier avec ma bicyclette.

Sur le côté droit était installé une affiche représentant un grand crétin rigolard à côté d'une machine industrielle. On pouvait y lire l'inscription :

« Grâce à Lacague, ma femme est heureuse de me revoir en bonne santé le soir à la descente. »

Forcément, que sa femme devait être contente, parce qu avec sa tête de cocu, elle devait être surtout contente de le voir repartir le matin.

 

« -B'joul me fait le garde de la « Kentucky Connected Security ». C'est la société en charge de la sécurité et qui a été tout spécialement créée par un ministre à l’occasion de l’obtention du marché par le consortium minier .

- Z'avez le « vehicle access » ?

- Le « vehicle access », c'est quoi ?

- C'est le papier qui vous permet de circuler avec votre véhicule à l'intérieur de la mine. Si vous ne l'avez pas, vous devez retourner à Sangretti, au bureau principal, pour vous en procurer un. Vous demanderez Mr Raymond Ba. »

Je retournais à Sangretti et muni de mon contrat et de mes papiers d'identité, je réussissais à me procurer le précieux sésame, non sans avoir « compris » Mr Raymond qui était, il faut bien le dire, un homme très compréhensif.

 

Le vendredi matin, je me représentai à la barrière. Le garde soupçonneux me fit déballer toute ma boite à outils ainsi que mon matériel. La fouille en règle terminée, il m'indiqua le container bureau du chargé de sécurité HSE.

Je me dirigeai vers le container lorsque j’aperçus le HSE. On aurait dit un mannequin du show-room de chez Manutan. Ces vêtements de travail étaient impeccables, ces yeux étaient cachés par une paire de Rayban chinoise. Il m'attendait, les bras derrière le dos et les jambes très droites légèrement écartées. Je pense qu'il avait vu ' Luke la main froide ' dernièrement et que les gardiens du ‘Chain Gang’ l’avaient beaucoup impressionné.

 

Je m'approchais :

« - Bonjour Monsieur.

-  C'est toi qui vient installer l'éclairage ? 

-  Oui, M'sieur 

- On dit pas Oui M'sieur, on dit Sir, Yes Sir . », se mit il a crier.

Devant mon air ébahi, il éclata de rire :

- Je rigole, Biloute, on est pas dans ' Platoon' ou 'Full metal jacket'.

Je m'appelle Ronaldinho Ribouldingue et je suis Officier Hygiène, Sécurité et Environnement

Maintenant qu'on se connaît tu peux dire :

Oui, Monsieur l'Officier Hygiène Sécurité Environnement...ou si tu préfères : Oui, Mon officier HSE »

- Sir, Yes Sir  : éructais je.

- Bon, je vois qu'il y a encore du boulot à faire, dit il pensivement.

- Oui Mon Officier HSE.

- Bon, passons aux choses sérieuses.

Tu dois m’obéir car je sais tout faire : La mécanique, l'électricité, le génie civil....tout. Rien n'a de secret pour moi...rien. Si je n'étais pas omniscience, je serais comme toi,  un 'pue la sueur', un ‘Stakanoviste’ au lieu d'être un Officier Hygiène, Sécurité et Environnement .

T'as ton analyse médicale ?

- Oui mon Officier HSE, lui dis je en lui tendant mon bilan.

- Hum oui, oui, pas mal...mais ils ne t'ont pas fait le toucher rectal afin de dépister un éventuel le cancer de la prostate.

Je commençais à transpirer à grosses gouttes :

-  Ben non, mon Officier HSE.

- Ah, ah, ah, je rigole Tio, quoique je vais demander que ce soit obligatoire. Môman est morte de cette terrible maladie quand j'avais 11 ans.

- Votre Maman ? Mon Officier HSE.

- Oui, ma maman, elle s'appelait Joao Da Silva et venait de Rio de Janeiro. Je l'aimais beaucoup, j'ai même fait une petite chanson pour elle, écoute :

'Dans son vieux string râpé
Elle s'en allait l'hiver, l'été
Dans le petit matin frileux
Ma vieille.'

Elle était écologiste avant l'heure et aimait beaucoup la nature, elle travaillait au 'Bois', comme on appelait le Bois de Boulogne à l'époque. Pôpa lui aussi était écolo et il travaillait aussi au 'Bois'. C'est là qu'ils se sont connus. Lui, il s'appelait Juliana Dos Santos et venait aussi de Rio, il est mort d'un cancer du sein quelques mois après Môman.

J'ai eu une enfance difficile car être écologique à l'époque, ce n'était pas facile, pas comme maintenant. 

Je me retrouvais donc orphelin à 12 ans. J'ai eu la chance d'être adopté par Mr et Mme Ribouldingue qui conservèrent mon prénom en souvenir de mes parents. Môman m'avait appelé Ronaldinho car elle aimait beaucoup le football et avait même essayé de s'inscrire dans une équipe de foot féminine. Cependant, elle n'a jamais pu obtenir satisfaction pour une histoire d'hormones qu'elle avait dans le sang...De la tastérone ou un truc comme ça.

- Testostérone ? proposais je

- Oui, c'est ça testostérone. Elle, elle disait techtochtérone parce qu'elle parlait Portuguèche.

Ronaldinho étant un nom générique pour les footballeurs Brésiliens de QI inférieur à 50 sur 200, elle n'avait pas beaucoup de chance de se tromper.»

J'essuyais une larme devant ce drame de la vie.

 

«  -Tu conduis un engin à 2 roues à propulsion humaine ?

- Oui, c'est mon vélo, Mon Officier HSE.

- Tu as un permis de conduire ?

- Ben non, Mon officier HSE.

- Mon petit gars, ici tu es sur un chantier de Lacague et il est requis un permis pour tout engin à traction ou propulsion équipé de 2 roues ou plus dont une à l'arrière et une à l'avant. La brouette et le grand-bi n'étant pas considérés comme des véhicules entrant dans cette catégorie.

Pour cela, tu dois aller t'inscrire au permis de conduire. Vas vite, car on est déjà vendredi et dimanche les travailleurs se reposent. Je téléphone à Madame Safiatou Diallo qui s'en occupe.

Amène ta bicyclette car tu devras leur monter que tu sais conduire, en particuliers pour faire des créneaux. Aller, avion !

 

Je rencontrais une charmante dame qui m'expliqua comment faire de la bicyclette puis vérifia mes aptitudes cognitives en me faisant faire quelques mètres au guidon de mon engin. Je dus ensuite faire un créneau et une marche arrière de telle façon à me placer toujours avec l'avant du vélo prête à partir.

J'obtins haut la main mon permis de conduire de bicyclette et me précipitai chez mon Officier HSE.

Lorsque je m'arrêtai devant lui en freinant par rétro-pédalage, celui-ci me demanda de lui montrer mon permis. Je m'exécutai.

Il me regarda alors d'un air soupçonneux :

« -Vous n'avez pas dit à Mme Diallo que le freinage de votre machine se faisait par rétro-pédalage alors que c'est un permis spécial qui est nécessaire pour ce type de véhicule.

Môssieur Nicolas Madureau, ce n'est pas pour vous enquiquiner que nous faisons cela, c'est pour votre bien. Toutes nos procédures sont basées sur des expériences vécues.

Tenez par exemple, en ce qui concerne l'arrêt d'un engin à propulsion humaine par rétro-pédalage, la procédure date de 1916 à Verdun lorsque l'estafette à vélo Eugène Rigoudeau freina trop brutalement par rétro-pédalage. On ne retrouva de lui et de son véhicule que le casque et une pédale. Certains observateurs auraient émis le fait qu'un obus allemand de 240 serait tombé à proximité du cycliste mais comme la procédure concernant l'explosion d'un obus allemand de 240 n'existait pas, nous n’avons gardé que celle concernant le rétro-pédalage. 

Reviens demain à 6H du matin. J'appelle Mme Diallo qui te prendra dès son arrivée à 7H.

Tu devras ensuite faire l'induction. C'est un examen spécial avec questions à choix multiples à la fin pour voir si tu es apte à travailler sur notre chantier. 

Et n’oublie jamais : La vigilance n’a pas de vacance.»

 

Le lendemain, je passais mon permis de rétro-pédalage puis me dirigeai vers le bureau de Mme Awa Barry pour l'induction. On remarquera que Lacague ne lésine sur aucun moyen pour obtenir la parité homme – femme.

Mme Awa m'attendait devant son ordinateur, son diaporama sur l'induction prêt à démarrer.

C'est incroyable les choses intéressantes que l'on apprend lors d'une induction.

Quelques exemples :

Connaître la couleur des poubelles pour trier les déchets alors que s'est écrit dessus.

Ou alors qu'il faut éviter de lâcher un sac de 50 kg de ciment du haut de votre échafaudage de 10 mètres sur la tête de votre copain pour lui faire une blague.

Il ne faut pas non plus mettre la main dans le ventilateur d'une voiture lorsque le moteur tourne ou se jeter sous les roues d'un 33 tonnes lancé à toute vitesse. C’est très dangereux et potentiellement mortel.

Parfois, je me demande comment nous avons réussi à vivre jusqu’à maintenant sans ces précieux et judicieux conseils.

 

Le lundi à 12H, je pensais avoir fini mon parcours du combattant mais je me trompais lourdement.

A 13H ce jour là, je retournais voir mon Officier HSE qui me donna un joli macaron bleu très coquet à coller sur mon casque pour accéder au chantier.

 

« - Bon, ben je vais bosser, annonçais je tout joyeux.

- Ah ! Non, ce n'est pas fini, me dit mon Officier HSE. Il te faut un permis de travail que tu devras renouveler tous les jours. Bon, voici le formulaire, je vais t'expliquer :

Là dans cette case, tu expliques ce que tu vas faire : Montage du coffret avec le disjoncteur, connexion des fils, ect, ect,...

Là, dans cette autre case, tu expliques les dangers que tu as identifiés et ils sont nombreux :

Se mettre le tourne-vis dans l’œil, se sectionner le doigt avec la pince coupante, se percer un testicule en tombant sur un fil de cuivre rigide, s'arracher une oreille avec son cutter...enfin, tous les accidents auxquels tu as le bonheur d'échapper chaque jour grâce à la vigilance et au professionnalisme de ton Officier HSE. Toi, tu es un petit électricien et nous, nous devons imaginer toutes les bêtises que ton intelligence très moyenne va te faire faire. Nous sommes en quelque sorte des experts en bêtises»

Après avoir ajouté l'arrachage d'une dent avec une clé Allen, l’émasculation avec la pince à sertir et une perforation pulmonaire après l’ingurgitation de travers d'une vis autoforeuse, je pus amener mon permis à la signature.

 

«  -Tu vois là bas, les 15 containers disposés en U avec au milieu un pylône, c'est dans un de ces bureaux que tu dois aller. Tu demanderas à voir Mr Loïc Le Barsif, c'est un français, c'est lui qui signe ».

 

Effectivement, à environ 200 mètres en contrebas, il y avait une sorte de cour au milieu des containers dans laquelle tournaient sans cesse une vingtaine d'Européens. Certains fumaient, d'autres étaient absorbés par leur smartphone, d'autres encore discutaient... Au milieu de tout ça, passait parfois un Africain, un dossier sous le bras se dirigeant d'un pas nonchalant et incertain vers un improbable bureau.

« - Mais avec tous ces blancs dehors, est ce que ça va être facile d'en trouver un qui va signer mon permis, m'inquiétais je.

- Ne t'en fais pas, il y en a autant à l'intérieur des containers. C'est parce que rester assis devant son bureau est plus fatiguant que de travailler sur les machines en plein soleil. Alors, on a conseillé aux administratifs de faire une pause d'une demi-heure toutes les heures et demi.

Tu vois, le troisième bureau après le coin droit, c'est le bureau de Le Barsif. »

 

Je m'approche du bureau, la porte y est ouverte, je rentre à l'intérieur et dans un premier temps, je ne vois personne.

Puis, tournant la tête vers la gauche, j'aperçois une mastodonte. C'est la secrétaire de Mr Le Barsif. Elle pèse au moins 170 kilos pour 1m60, de quoi faire pâlir d’envie le vendeur de savon Tyler Durden (Brad Pitt) dans « Fight club »

Sa grosse main potelée fait l'aller et retour entre un sac d'un kilogramme de cacahuètes sucrées et le sphincter qui lui sert de bouche. Le bruit résultant de cette mastication me fit penser à celui d'un concasseur à mâchoires lorsque je travaillais dans une station de traitement de scories :

CRUNCH, Crunch,crunch,crunch ...gloups. Le « gloups » en moins pour le concasseur.

 

« -Bonjour Méédème, pourrais je voir Mr Le Barsif s'il vous plaît Mééédème ? ,fis je d'un air joyeux et amical.»

La mastodonte se retourne alors et me regarde d'un œil torve :

« Eh ! Monsieur, on se tait quand je mange, je ne parle pas la bouche pleine, me fait elle en projetant un brouillard de débris de cacahuètes et de sucre le tout aggloméré par une salive malodorante.»

«  Oui, M'dame  » : fis je en m'essuyant tant bien que mal et en m'asseyant sur une chaise libre.

En regardant son embonpoint, j'ai une pensée émue en pensant à tous les poulets disparus à tout jamais dans ces entrailles sans fond.

' Oh ! combien de poulets, combien de chapons

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne estomac se sont évanouis ! ' .....aurait dit Victor Hugo en d'autres temps.

 

Au bout de 5 minutes, elle s'excuse et m’explique qu'elle fait des crises d’hypoglycémie qui la rendent très nerveuse et même irritable.

«  - Je suis obligé de manger toute les heures », me confie-t-elle en ouvrant un tiroir dans lequel gisent 2 poulets ruisselant d’huile de palme et un kg de bananes plantains frites pour l'en cas du midi.

Mon nom est Oumou, Mlle Oumou Bangoura. Je suis encore Demoiselle.

Vous voulez voir Mr Le Barsif ? Il est avec la directrice, Mlle Pauline Carton en conference call avec Paris. 

Il en a pour quelques instants. Vous verrez, c'est un homme très bien. Il travaillait auparavant à l'ONU et il était responsable de l'approvisionnement en poulets et en cacahuètes d'une équipe de 120 secrétaires. Un poste très sensible à très haute responsabilité.

Il a beaucoup souffert dans sa jeunesse car il vient de PloudelGasoil, un petit village du Finistère. Il a été le premier à voir arriver la marée noire de l'Amoco Cadiz. Vous savez, à l’époque, il n’y avait pas de prises en charge psychologique et les traumatisés se reconstruisaient comme il le pouvait.

Vous voulez une banane, elles sont délicieuses ?»

 

(Note du narrateur : A ce point de mon récit, je me permets d'ouvrir une petite parenthèse.

Comme dans tout récit qui se respecte, il y a toujours une histoire d'amour entre le héros et une jeune femme. J'ai été tenté de le faire. Je les voyais déjà s'extasiant devant les éléphants lors d'une visite au Kruger parc ou regardant à la télévision un reportage sur les lamantins.

Je les imaginais préparant ensemble un délicieux poulet à la moambe (Huile de palme) ou à la sauce arachide.

J'aurais du aussi, commercialement, y glisser un petit passage érotique et là, j'ai eu peur. Oui ! Cher Lecteur j'ai eu peur.

En effet, il arrive parfois que la vie de notre héros nous échappe et qu'on le fasse mourir inopinément et même parfois prématurément.

C'est ce qui arriva avec Sherlock Holmes et son créateur Conan Doyle. Holmes mourut dans les chutes de Reichenbach.

J'ai eu peur que pendant une séance d'extase érotique Nicolas se fasse écraser lors d'une manœuvre délicate. Ou pire, qu'Oumou le retrouve le matin coincé et étouffé après de terribles souffrances dans la raie entre ses 2 fesses titanesques. Quelle triste fin ça aurait été, j'en ai les larmes aux yeux.)

 

Refermons cette parenthèse et reprenons le récit de Nicolas :

 

Au bout de deux heures, Mr Le Barsif apparaît, c'est un vieux beau d'une cinquantaine d'années, il a les cheveux ébouriffés et les traits tirés.

« - Ces conference call me tueront » , lâche-t-il dans un souffle.»

Derrière, Madame la Directrice suit en lissant la jupe de son étroit tailleur.

«- Votre tirette (braguette) est ouverte, Patron », chuchote Oumou en essayant d'attirer discrètement, par des gestes équivoques, l'attention de l'intéressé.

J'apprendrai plus tard qu'elle était coincée par un pli du slip.

 

Sans avoir retenu les conseils pressants de la secrétaire, Mr Le Barsif s'assoit et me demande qu'elle est l'objet de ma visite.

Je lui explique qu'il doit signer mon permis de travail. Ce qu'il fit sur le champ en m'expliquant que je dois en refaire un quotidiennement mais qu'il est préférable que je passe avant 7H du matin car il est « overbooké » dans la journée.

 

Je reviens tout joyeux vers l'Officier HSE qui me donne l'autorisation de travailler.

Je commence mon boulot en sifflotant. Au bout de 2 heures, un personnage arrive, très propre sur lui.

Il se présente :

«- Jean-Louis Croquignol, expert en construction et Phd en électricité de l'université de Princeton aux States. Je suis aussi l'auteur d'une thèse sur les atomes crochus du bisulfate de Molybdène isotope 3, que vous avez peut être lu. Je suis, de plus, animateur d’un atelier de réflexion philosophique «Electricité, karma et conscience de soi» à la Sorbonne.

- Ben heu ! Oui la thèse j'en ai beaucoup entendu parlée mais personnellement je ne l'ai pas lue en entier.  

- Je suis venu pour inspecter le début des travaux.

Quel est cet étrange appareil ? Me demande-t-il en me montrant le disjoncteur que je suis en train d'installer.

- C'est un disjoncteur bipolaire Schneider de 6A de la gamme multi 9 

- Ah ! Oui, bien sur. Monsieur, en tant que spécialiste, vous n'êtes pas sans savoir qu'en cas de court-circuit, vous avez une composante continue qui décroit exponentiellement avec une constante de temps d'une quarantaine de millisecondes. Ce n'est qu'une valeur indicative car elle dépend, comme vous vous en doutez, essentiellement des fonctions de transfert de l'installation.

- Ben, oui Docteur, ce n'est pas grave au moins ? , bredouillais je.

- Nonobstant ce que je viens d’énoncer, j'aimerais connaître si ce …..comment vous dites déjà ?... disjoncteur a subi tous les tests afférant à sa fonction.

Autre chose, je suppose que vous utilisez du fil électriques pour alimenter tous ces appareils.

- Oui, c'est du fil d'importation européenne. Regardez, il y a le certificat de la norme NFC 15-100 sur l'emballage, comme pour le disjoncteur et le reste du matériel

- Bien sur, bien sur, n'essayez pas de m’emberlificoter avec vos histoires de normes. Vous, vous êtes une forte tête, je l’ai tout de suite remarqué. Durant mes 5 années d’armée et j’en ai maté des plus costauds, croyez moi.

Y a-t-il eu des analyses physico-chimiques pour vérifier sa teneur en cuivre et sa résistivité ?

Son diamètre a-t-il été vérifié par un micromètre étalonné et sa section calculée en utilisant jusqu'à la dixième décimal du nombre pi ?

D'autres part, je m'aperçois que vous n'utilisez pas de niveau laser connecté à votre smartphone pour vérifier l'horizontalité du fil avec le sol. Je vous rappelle que nous ne tolérons pas un angle solide de plus de 0,1 steradian de déviation .

Le niveau que vous utilisez devra obligatoirement avoir son certificat d'étalonnage de moins d'une année.

 

- Heu ! Oui, Mon Colonel Éminence Docteur Ingénieur Phd , répondis je espérant l'amadouer.

 

- Heureusement, je suis compréhensif et sur la punch list que j'établis actuellement je vous mettrais un B sur toutes ses réserves. Un A aurait bloqué l'avancement des travaux.

Je reviendrais faire mon Walk down demain. J'espère que je pourrais signer la fin de la construction malgré toutes ces réserves. »

 

Le lendemain soir, j'avais fini mon montage et j'étais même assez satisfait. A la fraîche, vers 17H30, Le Médecin Colonel Croquignol réapparu. Il tenait dans ses mains une pile de papiers sur son sous-main.

 

Bonjour Docteur lui fis je en lui tendant la main. Celui-ci serra son poing et au lieu du serrage de paluche attendu, il tapa rapidement son poing fermé contre le mien. Ca s'appelle un fist bump en anglais.

A ce moment, j'ai failli dire « Yo Doc -Snoopy dog- brotha and sista ». Mais finalement ce n'était pas le salut du rappeur ‘Snoopy Dog’ mais simplement que Le Docteur Croquignol avait peur des microbes en me serrant la main.

Il a raison car les mains d'un pue la sueur c'est toujours plein de virus et de bactéries tous plus agressifs les uns que les autres envers les intellectuels.

 

« - Je suis venu faire mon Walk down, m'annonça-t-il fièrement.

- Ok, vérifions », proposais je à ce grand praticien adepte de la propreté.

Après une demi heure de vérification, le verdict tomba.

«- Bon, ça n'a pas l'air mal. Avez vous les documents que je vous ai demandés ? 

- Ben, internet ne marchait pas bien hier, j'ai rien pu faire. 

- Ok, dans ce cas, je laisse les B sur ma ' Punch list ' mais il faudra me fournir ces documents par la suite. Demain j’appellerai ma collègue du commissionning (Mise en service). »

 

Cette nuit là, je dormis d'un profond sommeil car je voyais enfin le bout du tunnel. Cela faisait déjà 10 jours que j'étais parti et j'avais dépensé 450 Euros. Ce serait une opération blanche mais mon souhait était que ça se termine au plus vite.

Le lendemain à 7H, j'étais sur le chantier.

Vers 10H, je vis arriver une jeune femme d’une trentaine d’années

Elle me tendit le poing pour une ‘Fist bump’ sanitaire auquel je répondis avec diligence.

«- Mme Louise de Bitovant, se présenta-t-elle.

- Nicolas Madureau.»

Elle avait autant de forme qu’un tuyau de 12 pouces. Son corps filiforme était surplombé par une tête chevaline dont les longs cheveux filasses jaunes ressemblaient plus à du presse-étoupe qu’à la chevelure de Casque d’or incarnée par Simone Signoret.

Ca doit pas être la St Valentin tous les jours dans le plumard des Bitovants», me dis-je dans mon for intérieur.’

Je pensais tout de suite à Ludwig Van Beethoven.

« - Vous êtes apparenté avec le grand musicien, hasardais je pour briser la glace.

- Pas du tout, me répondit elle, bien qu'effectivement mes ancêtres venaient de Hollande et que leur nom ait été francisé.

Mais là n’est pas la question, répondit elle séchement, avez vous le permis pour énergiser votre installation?

- Ah ? Il faut un permis.

- Bien sur, il faut un permis d'énergisation puisque la tension de l'installation dépasse les 5 Volts. Ensuite, il faudra un permis de travail puisque nous ne sommes plus dans la phase de construction mais dans celle du commissionning.

Vous avez de la chance car c'est Mr Loïc Le Barsif qui s'occupe des deux. »

 

Je retournais donc au bureau de Le Barsif. Oumou était là. Elle avait l'air abattue.

« - Que t'arrive-t-il ma Chérie ? A force de fréquenter le bureau des permis, nous étions devenu amis elle et moi.

- Je crois que je suis anorexique, je n'ai pas pu finir le quadruple Big Mac chez Jim hier soir.

- Meueuh non, ça doit être un dérèglement passager du à la fatigue, tu travailles trop ma Chérie.

- Tu crois? Tu es gentil Nico.

Tu veux une banane ? Ma copine m'en a ramené un régime, elles sont très bonnes. J’ai de très bonnes oranges aussi »

J'acceptais la banane et l’orange car je n'avais pas mangé grand chose depuis le matin

« -Tu veux voir Mr Loïc ?

- Oui, c'est encore pour un permis.

- Il est en conference call avec Dubaï. Rita Brantalou, la secrétaire de direction est avec lui. Généralement ça ne tarde pas avec Rita. »

Effectivement, une dizaine de minutes plus tard, Le Barsif apparaissait. Sa cravate était défaite et sa chemise était en désordre. Un morceau de tissu en dentelle dépassait de la ceinture de son pantalon.

 

« - Mon Dieu, mon Dieu, ces conference call me tueront. Rita est en train de chercher un document important, elle arrive. »

Oumou, qui remarquait tout, attira discrètement l'attention de Le Barsif :

« - Monsieur Loïc, la petite c....heu ! Votre mouchoir dépasse de votre pantalon.

- Ah! oui tiens....Attendez, Rita m'appelle, elle a du retrouver son document....

- T'as entendu quelque chose Oumou ? Demandais je.

- Ben, non, fit elle en clignant de l’oeil.

- Moi non plus. »

 

Quelques instants plus tard, Le Barsif revint dans la salle.

 

« - Vous avez de la chance, me dit il, normalement vous devriez suivre une formation d'une demi journée pour pouvoir énergiser. Cependant, comme nous sommes pressés et que l'installation n'est pas très importante, nous allons faire une dérogation à la procédure que vous devrez signer. »

 

Après avoir rempli et signé la dérogation, Loïc me fit le permis d'énergiser. Par contre, je devais remplir le permis de travail et il ne pourrait pas passer à la signature avant le lendemain matin.

Le lendemain matin, je récupérai de bonne heure mon permis et me rendais au chantier.

Louise y était déjà.

« - Houla la!, hier soir j’ai attendu Mr Le Barsif, il était en conference call avec New York. C'est un homme important et extrêmement occupé. Il veut me voir demain pour une conference call avec Londres, dit elle avec une évidente satisfaction.

- Pour sur, il est très occupé, acquiesçais je.

- Vous avez une procédure pour les tests ?

- Non, mais c'est très simple, il y a un disjoncteur, un interrupteur et 4 lampes.

- Rien n'est simple en technique. Il me faut une procédure que nous pourrons signer vous et moi, répondit Louise.»

 

Nous partîmes dans son container bureau. Il y régnait une atmosphère studieuse. Plusieurs expatriés semblaient très occupés devant leur ordinateurs. Certains envoyaient des émails, d’autres parlaient avec Skype, d’autres encore étaient sur Whasapp ou sur Facebook .

 

Nous passâmes le reste de l'après midi à remplir des fichiers « Excel ». Le fichier listait plus de 200 points de contrôle. Vers 19H, Louise décida que ça suffirait et nous nous donnâmes rendez-vous pour le lendemain matin à 7H.

 

Le soir, je fus pris de frissons et je me couchais vers 18H sans manger.

J’eus la fièvre une grande partie de la nuit, je me réveillais souvent et entre chaque périodes de veille, j’avais des cauchemars abominables. Le lendemain, j’avais de la peine à me tenir debout, mal à la tête et des crampes dans le dos. En allant au chantier, je m’arrêtai au centre médical de Lacague. Le Docteur Ben Larbi était en récupération et je rencontrai son remplaçant. Je lui expliquai que j’avais le palu et je souhaitais qu’il me dépanne avec un antipaludéen car les médicaments que l’on trouvait à Sangretti avaient de fortes chances d’être de la contrebande chinoise. En effet, des importateurs n’hésitent pas à se procurer de faux médicaments en Chine, en Inde ou aux Nigéria. Ces faux médicaments que l’on retrouve dans le circuit médical, au mieux ne soignent pas et au pire rendent encore plus malade. Ils sont la cause de nombreux décès en Afrique chaque année. Bien sur, grâce à la ‘bonne compréhension’ des autorités sanitaires locales peu regardantes ces médicaments continuent à faire des ravages.

Le docteur me fit passer de nombreux tests qui s’avérèrent négatifs. Cependant, il conclut, à la vue des symptômes, qu’il s’agissait bien de la malaria. Comme les tests étaient négatifs, la procédure n’était pas respectée et il dut téléphoner au directeur de la sécurité pour avoir le droit de me donner un antipaludéen.

Je prenais ma boite de Coartem en le remerciant. Il me fit comprendre que la procédure n’étant pas applicable, il ne pouvait pas me prescrire un seul jour de repos. Il n’existait pas de procédure dans mon cas.

En résumé, suivant la procédure, si tu es malade mais que le praticien ne trouve pas ce que tu as, tu n’est pas malade.

 

A 8H, j’étais sur le chantier. Vers 9H, Louise arriva l'air maussade.

« - La conference call n'a pas eu lieu car le réseau était en panne. Je suis très déçueBon, nous pouvons commencer les essais»

Les tests durèrent toutes la journée.

Les 4 lampes s’allumaient et s’éteignaient normalement et Louise était satisfaite.

Vers 17H, je n’arrivais plus à me tenir debout.

 

Mon état ne semblait pas inquiéter Louise qui me proposa d’aller signer les fiches ensemble dans son bureau. Je lui expliquais que ça n’allait pas et que je devais rentrer me reposer.

«- Ca fait rien, me dit elle, je vais les regarder ce soir et nous les signerons demain matin.»

J’acceptais puis je rentrai me coucher.

 

Cela faisait maintenant presque 15 jours que j’étais parti de Donaldville.

J’étais malade, je n’avais plus d’argent mais je pensais que mon calvaire tirait à sa fin.

Le lendemain, je me présentai au bureau de Louise. Je n’avais plus de fièvre mais j’avais envie de vomir et me sentais très faible.

Nous signâmes les papiers...Cela pris toute la matinée.

Lorsque tous les papiers furent signés, je demandais, le cœur plein d’espoir si tout était terminé et si je pouvais être payé, ou au moins recevoir une avance,  car je n’avais plus d’argent.

«- Il faut suivre les procédures, répliqua Louise. Maintenant il faut introduire ces documents au Site Manager, Mr Le Baron Hubert Filochard De La Mothe Pifray, qui s’occupe de signer le «Make over» qui vous permettra de recevoir le règlement de votre prestation. Nous payons à 60 jours fin de mois.

On y peut rien se sont les procédures. C’était sur le contrat. Revenez demain après midi. Je vais introduire les papiers pour signature à 14H aujourd’hui.»

 

Le Baron Hubert Filochard De La Mothe Pifray, descendant d’un noble qui avait gardé sa particule mais avait perdu la tête lors de la révolution, considérait la plupart des roturiers comme des manants. Lui n’avait pas besoin de faire le «Fist bump» comme salutations pour ne pas se salir les mains étant donné qu’il ne regardait même pas la racaille besogneuse qui l’entourait.

Il avait eu ce poste à responsabilité grâce à deux conseillers du président Evariste Macreau, à savoir Alain Benlala et Dodo La Saumure, bien qu'il eut été un des acteurs de la faillite d’AVAREV, un des fleuron de l’industrie Française.

 

Je me traînais jusqu’à mon logement et c’est là que j’ai reçu, avant hier, ton message de Dakar.

Hier, je retournais à la mine et Louise me tendit le «Make over» signé par Mr Le Baron Hubert Filochard De La Mothe Pifray. Cependant, elle me fit comprendre que l’ordre de paiement ne pourrais être donné que si les documents concernant la construction étaient remis à Mr Croquignol.

Mr Croquignol étant à Canardcri, je devais y retourner rapidement.

«- Vous avez de la chance, me dit elle, tout pourra se faire à Canardcri. Vous n’aurez qu’à rencontrer Mr Croquignol.»

 

«- Voilà où en est la situation. Je n’ai même plus d’argent pour rentrer, ni pour mon hébergement.

- Mais normalement, dans le contrat, il devaient t’héberger et te nourrir.

- Oui, mais comme le «Make over» a été signé, officiellement, le travail est fini et donc, ils n’ont plus à le faire.

Enfin, ‘nourrir’ est un bien grand mot car la cantine était prévue pour 50 personnes et nous étions le triple. Le personnel du client mangeait d’abord et nous pouvions nous rassasier qu’au troisième service. Il ne restait généralement plus grand chose, d’où mon palu qui s’est déclaré suite à une mauvaise nutrition et à une grande fatigue.

- Tu sais, lui dis je, les temps sont entrain de changer et l’époque où l’on avait juste son travail à faire est révolue. Dans ces grosses sociétés, il y a trois ou quatre administratifs et un ou deux avocats par technicien. Cela fait beaucoup de monde à nourrir. Les contrats avec ces grosses boites sont ficelés de telle sorte qu’à la fin du chantier il y ait toujours une bataille juridique. Ce sont par les contentieux qu’ils gagnent de l’argent. Il y a toujours des documents ou des clauses que tu ne peux pas honorer et même si tu as ‘chargé’ au niveau prix, tu seras toujours le perdant. Juridiquement, ils ont tous les droits, surtout dans des républiques bananières où la loi de l’argent est la plus forte.

De plus, il y a un gâteau énorme à se partager en ce qui concerne la sécurité au travail. Tiens ! Rien que dans les habilitations électriques. Ces pseudo formations dispensées par des formateurs qui n’ont de ‘formateurs’ que le nom et qui coûtent la modique somme de 4500 Euros seront bientôt obligatoires pour tout travail sur du matériel électrique. Et encore elles sont limitées à 2 ou 3 ans et tu dois les repasser à intervalles réguliers.

C’est la rançon du progrès !

Bon, je vais te ramener à Canardcri en espérant que tu puisses te faire payer ton du.

Certaines personnes sont compréhensives et même si tu ne présentes pas tous les documents nécessaires, ils accepterons de te payer...Sinon, ça va être très compliqué.»

 

« - Diénéba, fais péter l’addition au lieu de regarder tes conneries à la télé.

- Voilà, voilà, fit hargneusement la serveuse alors qu'elle était absorbée par le spectacle du bel Yvan Tarlouzoff embrassant amoureusement la riche et vieille héritière Riquita Banana.»

 

Je payai et nous prîmes la route de Canardcri.

 

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