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Publié par Julio Von Gepetto

Depuis quelques années, j’ai remarqué de nombreux autocollants ou des dessins d’ Ernesto ‘Che’ Guevarra sur des véhicules au Mali et au Burkina en particulier. D’autre part, certains individus, se réclament d’Ernesto et se font même appeler ‘Le Che’. Remarquez qu’en Afrique, rien ne m’étonne car j’ai connu aussi un ‘John Wayne’ qui se prenait pour un cow boys.
Ce qui est surprenant c’est que ces personnes poussent leur admiration jusqu’à avoir une certaine ressemblance, ressemblance qui n’est pas évidente à réaliser vu certaines particularités raciales.

ShegueyVara.
 

Personnellement, bien que ne partageant pas ses opinions politiques j’ai toujours eu une certaine admiration pour le Che en tant qu’homme courageux.

Je me suis alors demandé, comment un personnage aussi différent et éloigné des réalités africaines pouvait avoir une telle réputation sur le continent; alors que généralement, les personnes qui le vénèrent ne connaissent même pas Samory, Kwamé N’Krumah ou Patrice Lumumba.

Je me suis alors renseigné pour savoir qui il était. On m’a dit qu’il était photographe et autres balivernes. Bon, bref, personne ne savait vraiment qui il était mais une chose est sure, c’est que c’était un blanc qui a foutu le bazar chez les autres blancs, ce qui en soi n’est pas négligeable.

Alors, je me suis intéressé au lien du Che avec l’Afrique. Je savais simplement qu’il avait été au Congo ex-Belge dans les années 60.
En fait, la réalité est un peu plus complexe.

« La révolution, c’est comme une bicyclette ; si elle ne roule pas, elle tombe »
Che Guevara a certainement voulu respecter l’une de ses phrases les plus célèbres. Après la victoire de la révolution cubaine en 1959, le compagnon de route de Fidel Castro est nommé procureur du tribunal révolutionnaire, puis gouverneur de la Banque centrale et ministre de l’Industrie. Mais le pouvoir et la bureaucratie l’ennuient. Il devient très critique contre l’URSS, en particulier après la crise des missiles en 1962. Quant à Fidel Castro, il se méfie de ce jeune lieutenant, trop populaire à son goût. En 1964, Che Guevara effectue donc une tournée internationale qui le conduit en Chine, en Irlande, en Tchécoslovaquie, en France, mais aussi en Égypte, en Algérie, au Ghana, en Guinée, au Mali, au Bénin, au Congo et en Tanzanie. C’est d’Alger qu’il lancera son célèbre « Créer deux, trois… de nombreux Vietnam », soutien à tous les mouvements de guérilla dans les pays en développement.
«D'autres terres du monde réclament la contribution de mes modestes efforts», écrira-t-il en 1965 à Fidel Castro en prenant congé pour porter l'insurrection en Afrique notamment. Cette lettre se terminait par une phrase devenue célèbre: «Hasta la victoria, siempre (Jusqu'à la victoire, toujours)!»
‘Che’ Guevara estime que l’attitude des pays Africains revêt une signification qui dépasse de beaucoup l’affaire congolaise. Cuba ne sera plus seule à penser qu’il faut aider autrement que par de bonnes paroles les luttes révolutionnaires. Il résume ainsi la doctrine cubaine : « Il ne s’agit pas d’exporter la révolution, mais de soutenir pratiquement les mouvements révolutionnaires qui ont effectivement l’appui des peuples. » Il est trop réaliste pour prétendre qu’on assiste au Congo à une véritable révolution, mais il faut constater que la volonté de certains peuples africains de mettre un terme à la corruption, à la domination étrangère, aux formes les plus aiguës du néocolonialisme, les conduit objectivement à entreprendre des actions révolutionnaires. C’est en ce sens qu’il existe, virtuellement, une certaine unité d’action entre Cuba et plusieurs États africains. […]
Ce qui frappe aujourd’hui dans ces propos, c’est qu’ils rendent le même son que ceux d’un Modibo Keita, d’un Sékou Touré, d’un Ben Bella et même d’un Nyerere. Guevara répondait ainsi à une question sur les comparaisons à faire entre l’OUA et l’Organisation des pays d’Amérique latine : « Plus jeune mais plus dynamique, moins expérimentée mais plus militante, l’OUA s’est mieux comportée. […] Au bout de deux ans, vous autres, Africains, avez trouvé vingt pays pour condamner l’agression de Stanleyville, alors que seul le Mexique s’est opposé à Washington. Cela suffit à montrer que l’Afrique renferme beaucoup plus de ferments révolutionnaires qu’on ne le croyait. C’est pourquoi on va sans doute chercher à la balkaniser le plus possible : c’est vis-à-vis de ce risque qu’elle doit garder toute sa vigilance ».
Je suppose que le Che, lorsqu’il évoque l’agression de Stanleyville, parle de l’intervention des mercenaires et des paras Belges en 64 pour arrêter les massacres des européens et d’autres Congolais perpétués par les sanguinaires Simba cannibales dont leurs chefs (Mulele, Soumialot,Gbenye) se réclamaient du communisme international.

Guerriers Simba : On pouvait douter de leurs convictions marxiste-léninistes. Surtout, lorsque protégés par leur 'Dawa', ils étaient persuadés qu'en criant 'Maï Mulele' les balles de mitrailleuses se transformaient en gouttes d'eau. Phénomène météorologique qui semblerait il, ne se soit jamais produit, provoquant quelques incidents  particulièrement douloureux lorsque l'arrosoir était une 12.7

 

Il faut bien avouer qu'en face, chez les mercenaires, on ne faisait pas dans le délicat non plus

En comparant la mentalité sud-américaine, en particuliers celle des sud-américains d’origine européenne, et la mentalité Africaine, on s’aperçoit que le père Ernesto se mettait sérieusement le doigt dans l’oeil, ce que les événements viendront corroborer quelques mois plus tard.

En décembre 1964, le Che débarque donc au Mali et ça se passe plutôt bien vu que le pays n’est pas en guerre. En effet, contrairement avec les Belges au Congo, les Français sont partis sans trop de casse. Il faut dire que les enjeux économiques et stratégiques du Soudan Français n’avaient rien à voir avec ceux du Congo.
Cela devient assez compliqué de mener une lutte révolutionnaire alors que l’adversaire impérialiste que l’on a en face de soi ne veux pas se battre.
Dans les faits, Ernesto Guevara n’a fait qu’une escale de quelques jours au Mali, en décembre 1964, juste avant de tenter, en avril de l’année suivante, une rébellion contre le régime de Mobutu au Congo.
À l’époque, les relations entre le Mali et Cuba sont au beau fixe. Le groupe bamakois Las Maravillas de Mali, formé à La Havane, distille ses mélodies afro-cubaines sur les ondes de la radio nationale.
« Quand j’étais petit, un tonton m’a raconté la visite de « Che Gue » au Mali, s’exclame Mohamed. Les gens l’attendaient à bras ouverts. Il allait dans les quartiers pauvres pour rencontrer les plus vulnérables. Il a un peu ouvert notre conscience. » Le Che profite de cette visite éclair pour rencontrer discrètement quelques leaders révolutionnaires de la sous-région. Il prend lui-même les commandes d’un bimoteur Aero 145 pour aller à Mopti et rencontrer le ministre du Plan, Seydou Badian Kouyaté.
Seydou Badian Kouyaté qui a rencontré le Che lors de sa visite au Mali à Mopti raconte qu’il était un homme exceptionnel animé par la ferme intention de libérer les peuples opprimés des griffes des oppresseurs. «50 ans après sa mort, les idéologies du Che continuent de servir», affirme-t-il. (Note de l'auteur : Ah bon?)
Après son départ, le président Modibo Keïta confiera à Seydou Badian Kouyaté : « Il en faudrait dix comme lui pour faire tomber l’Occident impérialiste. »

Guevara a Bamako 31 décembre 1964, en compagnie de Madeira Keita, le ministre de la justice

 

En 1965, Che Guevara abandonne toute fonction officielle à Cuba, et décide – avec la bénédiction de Fidel Castro – d’aller « exporter la révolution à-travers le monde ». « la situation en Afrique présente un énorme potentiel révolutionnaire. Le continent est le maillon faible de l’impérialisme. C’est là qu’il faut concentrer nos efforts ».
C’est sur la jeune République du Congo (ex Congo belge et actuelle RDC) que le Che jette son dévolu. Le pays est indépendant depuis 1960, et l’assassinat en 1961 de Patrice Lumumba – éphémère Premier ministre supposé proche de Moscou – a profondément indigné Che Guevara. Les velléités sécessionnistes du Katanga ont en outre entraîné l’intervention militaire de la Belgique. Che Guevara débarque donc au Congo le 12 avril 1965 avec une douzaine de soldats, dans le secret le plus absolu. Un contingent d’une centaine de Cubains d’origine africaine les rejoint peu après. L’objectif est d’apporter une aide militaire à la rébellion soit disant marxiste des Simba. « Je voulais les former à l’idéologie communiste et aux stratégies de la guérilla », écrira Che Guevara dans son livre Journal du Congo. 


L’Argentin rencontre l’opposant Laurent-Désiré Kabila, qui deviendra par la suite président de la RDC, avec qui il organise le maquis d’Hewa Bora. Mais le courant ne passe pas entre les deux combattants. « Cet homme est insignifiant. Rien ne m’amène à penser qu’il soit l’homme providentiel », écrit Che Guevara. Face aux soldats cubains et aux rebelles Simba, l’armée du président congolais Joseph-Désiré Mobutu, secondée par des mercenaires, est d’une redoutable efficacité, interceptant les communications des rebelles, coupant leurs lignes d’approvisionnement, les attaquant sans cesse. Bien que le Che dissimule sa présence au Congo, le gouvernement américain est informé de ses moindres gestes grâce au matériel de transmission de l’USNS Valdez, un navire d’écoute qui croise dans l’Océan indien.
Le nom de code de Che Guevara au Congo est Tatu, ce qui signifie « trois » en swahili. On le surnommait Tatu Muganga car il était médecin. Mais Che Guevara peste contre l’indiscipline des rebelles congolais, leur violence contre les populations civiles, leur goût du pillage, leur faible motivation idéologique. À le lire, les guérilleros sont incompétents, drogués, divisés en de multiples clans, surtout préoccupés de voler l’argent et les biens des habitants. Ils croient plus en la sorcellerie qu’à l’instruction militaire des Cubains, d’où des défaites à répétition. Effectivement, il ne se trompait pas beaucoup.
Après sept mois de frustration, malade de la dysenterie et souffrant de fréquentes crises d’asthme, débordé aussi par les troupes de Mobutu, Che Guevara quitte le Congo. Son Journal du Congo commence par ces mots : « Ceci est l’histoire d’un échec. » Pour nombre d’observateurs, cette épopée africaine est à la fois pathétique et héroïque, une sorte de tragi-comédie. Le président égyptien Gamal Abdel Nasser a d’ailleurs raconté son entrevue avec Che Guevara : « Il me dit vouloir aller au Congo car c’est le point le plus chaud de la planète ; c’est au Katanga qu’il pense pouvoir, selon ses propres mots, “frapper les impérialistes au cœur de leurs intérêts”. Je lui ai alors prédit un désastre, et l’ai exhorté à ne pas devenir une sorte de Tarzan, un Blanc parmi les Noirs, prétendant les conduire et les protéger. »
Pour les historiens, le caractère entier de Che Guevara, son aspiration à une révolution absolue, sans compromis, son exigence idéologique têtue entraînent son incapacité à comprendre d’autres contextes sociaux et culturels, d’où l’échec de l’expédition du Congo. Il a voulu projeter sans recul en Afrique son expérience en Amérique latine. Les malentendus étaient inévitables entre des Congolais sans histoire ni organisation révolutionnaires, sans idéologie, et des Cubains, guérilleros professionnels endurcis par des années de luttes et de clandestinité.

Che Guevara quitte le Congo le 21 novembre 1965 et se cache à l’ambassade de Cuba en Tanzanie, à Dar es-Salaam, entre le 24 novembre 1965 et février 1966. C’est là qu’il rédige son journal des événements congolais. Une plaque commémorative a été posée en 2005, à l’occasion du 40e anniversaire de son séjour.

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