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Publié par Julio Von Gepetto

‘En rouge et noir’ chantait Jeanne Mas dans les années 80. En orange et noir serait plus judicieux pour caractériser le voyage que je viens de faire durant les 15 premiers jours de cette année 2020.
Noire comme la Volta Noire sur les rives de laquelle j’ai terminé mon périple.
Orange comme la piste latéritique mais aussi comme la couleur d’une partie de la carte du Burkina Faso, l’autre partie étant rouge vif ou plutôt rouge sang. A noter que les affaires étrangères Françaises ont été plus compréhensives que les affaires étrangères américaines qui ont peint le Burkina pratiquement totalement en rouge, faisant ressembler la carte du pays au drapeau Chinois.


A mon avis, mais ça n’engage que moi, mettre la moitié du pays en zone orange est exagéré. Jusqu’au début Novembre 2019, la partie englobant Ouaga, Boromo, Bobo et Banfora (non compris) était en jaune. Suite au massacre du convoi de la mine de Boungou (Officiellement 39 morts, mais beaucoup plus réellement), situé dans l’Est à 250 km de Ouaga, la partie jaune a été retapissée en orange par un admistratif anonyme. Franchement, je ne vois la relation entre l’attaque d’un convoi minier qui était pratiquement certaine vu l’incompétence des services de sécurité et la sécurité dans la partie Ouest du pays. Les ethnies, les réalités politiques, les frustrations des populations ne sont absolument pas les mêmes. En 15 mois, le convoi de Boungou avait été attaqué 3 fois provoquant une douzaine de morts. Malgré ces différentes embuscades, le mode opératoire concernant la sécurité du convoi était restée exactement le même. On ne change pas une équipe qui gagne. De plus, cette région de l’Est, peu encadrée par les autorité de Ouaga était, même avant les troubles, le cadre d’un banditisme chronique. Les populations s’étaient même dotées d’un système d’autodéfense locale.
A cela sont venues s’ajouter, il y a plusieurs dizaines d’années, des réserves de chasses interdites aux populations locales. Dernièrement, ce sont les mines d’or industrielles qui ont exproprié de nombreux habitants avec des compensations pas toujours à la hauteur. Les orpailleurs traditionnels ont aussi été chassés de leur sites. A partir de là, il est évident que les populations frustrées et appauvries n’ont pas tardé, même si elles ne les apprécient pas beaucoup, à considérer les terroristes comme un moindre mal. En effet, les trafics qui étaient anciennement tenus par des locaux ont intéressés les djihadistes qui se sont mélangés aux délinquants et leur assurent une certaine sécurité. Ces trafics ainsi que les mines d’or traditionnelles sont une source de revenu non négligeable pour le financement du Djihad. Naturellement, une mine comme celle de Boungou dont la teneur en or est très élevée attirent les convoitises. La situation n’est pas du tout la même dans le centre, l’Ouest et le Sud-ouest du Burkina. Les populations locales, aidées dans certaines régions par les chasseurs traditionnels voient assez mal la venue de ces étrangers qui arrivent pour semer la pagaille. Un étranger qui arrive est tout de suite surveillé et doit montrer ‘patte blanche’.


Ce que je viens de décrire n’est qu’une partie de la problématique qui a amené les troubles que l’on connaît actuellement. Je suis toujours extrêmement surpris d’entendre les grand spécialistes de l’Afrique qui passent leur temps à nous expliquer que c’est une guerre entre éleveurs et agriculteurs sédentaires, certains essayent même de faire un parallèle avec le Rwanda. Ce n’est pas totalement faux mais une fois de plus, ce n’est qu’une des nombreuses facettes de la réalité. D’ailleurs tous ces chercheurs, chercheuses, professeurs, grand reporters et autres spécialistes ne viennent que très rarement en Afrique et lorsqu’ils se déplacent, ils restent quelques jours dans un hôtel de luxe puis repartent en ayant tout compris, enfin, ils le pensent. Certains poussent quand même la conscience professionnelle à interviewer les habitués du tchapalodrom (bar à alcool locale)) ou du maquis du coin. Ils en déduisent une opinion générale pour le reste du pays. Un peu comme si on interviewait les consommateurs du bar ‘Chez Mimile’ pour connaître l’opinion de tous les Français sur un sujet d’actualité.

Un autre phénomène qui peut avoir provoqué le barbouillage en orange est le fameux ressentiment anti-français.
Là encore ce sentiment partant de quelques faits réels est la conséquence d’erreurs répétées de la politique Française (en particuliers du choix du mouvement indépendantiste Touareg MNLA à Kidal) qui ont été déformées et exacerbées sur les réseaux sociaux. Ce sentiment anti-français, qui réclame entre autre le départ des troupes Françaises, est propagé et entretenu par des semi-lettrés et autres intellos dont la virulence n’a d’égale que la mauvaise foi. Il est surtout visible sur les réseaux sociaux et n’est pas perceptible dans la vie de tous les jours. Cependant, le fait que la France soit devenue le bouc émissaire responsable de tous les malheurs de l’Afrique arrange beaucoup de monde : Les djihadistes, bien sur, mais aussi certaines puissances étrangères, les politiques des gouvernements en place qui n’ont pas su ‘gérer’ correctement les sommes reçues de l’occident pour l’intégration de certaines populations au sein des administrations. Viennent se greffer là-dessus pêle-mêle les pan-africanistes, les nostalgiques de Sankara, les politiciens qui en font leur fond de commerce, les médias financés par des puissances étrangères et les frustrés et autres revanchards. Au final ils ne sont pas nombreux mais extrêmement virulents sur le vouèbe. D’où l’exaspération du président Macron devant les insultes répétées qui circulent sur le net.
Voilà, en quelques mots, une présentation incomplète de la situation qui prévaut actuellement au Sahel et au Burkina en particuliers.

L’année dernière, après plusieurs années de recherche, j’avais réussi à localiser dans la région des cascades, des gravures rupestres qui, d’après les rares études dateraient du néo-lithique pour les plus anciennes. Comme la meilleure saison pour ce type de recherche est la saison sèche, j’ai donc planifié mon expédition pour le début de l’année suivante. En effet, à cette époque, la végétation a commencé à sécher et la température est assez clémente.

Ci- après, le récit de cette expédition. On ne va pas parler de politique, les journaleux, experts et autre grands professeurs sont assez nombreux sur nos médias de propagande. On ne va pas non plus parler des bons plans du routard pour manger à 5 euros et comment discuter le prix d’une course en taxi de 1,50 euros à 1,25 euros avec un pauvre taximan qui ne sait même pas s’il va arriver à manger aujourd’hui.
On va parler de la vraie Afrique, celle des animaux, de la brousse, des paysages, des maléfices, bref, l’Afrique de l’aventure, de celle qui faisait rêver avant l’arrivée du rêve électronique instramgramesque

Le matin du départ, je passe en ralentissant le premier poste de contrôle à la sortie de Ouaga. Les motos ne sont qu’assez rarement arrêtées. A l’inverse, les passagers des bus de transports doivent descendre et leurs papiers d’identité sont scrupuleusement vérifiés. Cela provoque des files d’attente assez longues. Les militaires sont sur le ‘qui vive’ et j’évite les gestes brusques en traversant le check-point.
La route jusqu’à Boromo se fait sans encombre bien que la moto soit légèrement instable et se balance régulièrement de la droite vers la gauche. C’est assez pénible et demande une pression alternative de la gauche vers la droite assez fatigante. Je trouverai la solution à Banfora quelques jours plus tard en graissant les roulements de la colonne de direction.


Comme d’habitude, je m'arrête à Boromo pour me désaltérer et faire le plein. J’en profite pour appeler mon ami Marcel qui gère le campement du Kaïcedra et savoir s’il est toujours en activité. Je réserve pour début janvier l’unique case disponible; mais sans lui dire une date précise. Sans être parano, il est plus prudent d’être très évasif quant aux dates et aux destinations car les bandits ne vous tombent jamais dessus par hasard mais sont toujours très bien renseignés pour tendre des embuscades. Ils sont partout et moyennant rémunération, ils possèdent un réseau d’informateurs qui infiltrent toutes les composantes et institutions du pays, de l’armée à l’industrie en passant par la police et la justice. Ils sont même infiltrés dans les quartiers. Après avoir déjeuné avec mon ami, je repars vers Bobo où j’arrive vers 14H30. Le soir je dîne à l’Auberge où il n’y a pas grand monde. Ici aussi le tourisme a pratiquement disparu et je suis presque seul sur la terrasse.

Je ne suis pas vraiment fan de Bobo, je trouve la ville trop grande, trop bruyante et je repars sur Banfora le lendemain. En sortie de Bobo, je passe le contrôle sans être arrêté, là aussi ils ne fouillent pas ou très rarement les motos. La route a été réparée et on y roule correctement mais en évitant de dépasser les 90 km/h, non pas à cause des radars mais à cause des animaux et en particuliers des chèvres totalement imprévisibles qui traversent la route soudainement. La descente sur Banfora est toujours aussi agréable, puis la route continue au milieu des champs de cannes à sucre dans une relative fraîcheur due à l’arrosage des plants.
A arrivant, je me rends à mon logement puis je contacte mes amis. Nous discutons des coordonnées GPS des grottes et des sites intéressants puis nous appelons l’ami du village situé à proximité des sites qui nous sert de guide. Le rendez vous est fixé dans la semaine sans plus de précision.

Les jours suivants, j’en profite pour faire quelques tours en brousse à la recherche d’animaux à photographier. Je sors de Banfora et passe devant le militaire du poste absorbé sur son smartphone; il ne semble pas que l’armée soit en alerte maximum dans le secteur. Pourtant, le matin même, le directeur de l’hôtel où je loge m’a dit laconiquement qu’il y avait eu un mort par balle à Sideradougou à environ 60 km de Banfora. J’apprendrai par la suite que c’est un Peulh, tué pour des raisons assez confuses. Certains parlent sans trop savoir, d’orpailleurs traditionnels ou d’ancien RSP (Régiment spécial présidentiel). En fait, ce ne sera pas le seul fait divers à cet endroit car quelques jours après, des bâtiments administratifs auraient été brûlés. Mais, comme à chaque fois que le nombre de morts est limité, les journaux n’en parlent pas et il est très difficile de connaître la vérité.

A quelques kilomètres de la sortie de la ville, je prends la direction qui mène au lac. J’y vais à chaque fois que je suis à Banfora car je suis sûr d’y voir de nombreux oiseaux aquatiques et parfois des hippopotames. Il y a une ficelle tendue à travers de la piste car il faut payer une petite somme à l’entrée du site. Le gardien me reconnaît et nous échangeons quelques mots. La somme, assez dérisoire est de 1000 Fcfa / personne et de 1000 Fcfa pour avoir une pirogue. Ces sommes minimes permettent aux villageois d’avoir une entrée d’argent et d’améliorer leur quotidien. Malheureusement depuis quelques temps, les touristes se font de plus en plus rare et ont pratiquement disparu cette année. Je n’ai vu qu’une famille de Burkinabé, en provenance de Bobo ou de Ouaga mais qui n’ont même pas fait un tour en pirogue. Il faut dire qu’il y a 3 ou 4 ans, un accident de pirogue a fait 3 noyés : Deux bonnes sœurs et un procureur. En effet, l’hippopotame est un animal ombrageux et parfois de mauvaise humeur. Même si on prend toute les précautions de ne pas approcher une mère avec son petit, il peut être de mauvais poil et ne pas apprécier que des étrangers le regardent manger ou s’ébattre dans son bain. Il est, à mon avis, l’un des animaux les moins sympathiques de la brousse. Je me suis d’ailleurs fait charger un jour. Bien que ce soit moins impressionnant qu’un éléphant puisque tout se passe sous l’eau, la couleur du piroguier passant du beau noir brillant au gris terne a soulevé en moi quelques inquiétudes. Finalement, le sillon creusé dans l’eau par la bestiole s’arrêta à quelques mètres de l’embarcation. Le piroguier, après plusieurs changements de teinte, retrouva assez vite sa couleur originelle. Ce n’était qu’une charge d’intimidation. Il est rare qu’un animal attaque directement sans prévenir. Sauf que dans notre histoire ‘ l’hippopotame, les bonnes soeurs et le procureur’ (Ce n’est pas une chanson bretonne de Nolwenn Leroy mais une histoire tragi-comique africaine), le farceur d’hippopotame surgit à proximité du frêle esquif. Ce qui aurait provoqué chez le pékin moyen un certain ravissement et une monté agréable d’adrénaline, provoqua chez nos 2 sœurs une peur panique. Elles se mirent à gigoter tant et si bien que la pirogue se renversa et dans l’onde, tout le monde se retrouva. L’histoire dit que les bonnes sœurs se seraient alors agrippées au pauvre procureur qui lui aussi périt noyé. Même le champion de natation Johnny Weissmuller, qui incarnait Tarzan dans les premiers films, ne pourrait nager avec 2 boulets de 120 kg chacun à chaque pied, alors vous imaginez...un procureur. Détail pittoresque, la légende dit que les premiers films de Tarzan auraient été tournés dans la forêt de la Guinguette de Bobo Dioulasso. Ce dont je doute fortement, mais allez donc savoir avec les légendes.


Les villageois se demandèrent longtemps comment ils avaient pu se noyer à un endroit où il y a pied...Les mystères de l’Afrique.
Suite à ce triste fait divers éclésiasto-administratif, les autorités touristiques interdirent toute sortie en pirogue sur le lac tant que les usagers n’auront pas de gilets de sauvetage. Les gilets n’arrivèrent qu’au bout de plusieurs mois et cette année là, les sorties furent interdites. J’ai quand même pu voir les hippos à partir de la rive. L’année suivante les gilets étaient disponibles et nous les mîmes pour faire le tour sur le lac. Cette année, ils sont toujours là mais plus personne ne les porte. Il faut dire que ça tue un peu le mythe de l’aventurier...

L'embarcadère.

L'embarcadère.

Pirogue à fond plat

Pirogue à fond plat

Vue du lac

Vue du lac

Malheureusement, bien que la sortie sur l’eau soit très agréable, je n’ai pas vu d’hippopotame cette fois-ci. Par contre, j’ai pu photographier des cormorans, des crabiers, un rapace qui doit être un autour unibande...

Même si on ne voit pas d'hippo, on peut tout de même faire de belles photos d'oiseaux : Cormoran

Même si on ne voit pas d'hippo, on peut tout de même faire de belles photos d'oiseaux : Cormoran

Crabier chevelu

Crabier chevelu

Autour Unibande

Autour Unibande

Drongo

Drongo

Choucador

Choucador

Durant mon séjour, je retournerai 3 fois sur le site et ne verrai qu’une seule fois les hippos.
Lors de ma dernière sortie sur le lac, la personne qui garde l’entrée du lac n’était pas là. Deux types gardaient la barrière. Je paye normalement puis je continue à l’embarquement. J’y trouve le piroguier et encore 2 autres types. Lorsque nous sommes au milieu du lac, le piroguier me dit qu’il doit partager avec les 4 autres types vu précédemment. Je trouve ça assez minable et à la fin de la promenade je lui donnerai 2000 fcfa. Cette petite histoire illustre bien la situation du pays ou tous les prétextes sont bons pour récupérer 50 cts d’euros. C’est bien dommage. Alors que le pays rengorge d’or exploité par des multinationales, plus de la moitié des Burkinabé n’ont même pas 1000 Fcfa (1,5 euros) par jour pour vivre.

Rassurez vous, il n'est pas carnivore

Rassurez vous, il n'est pas carnivore

Les 2 amis
Les 2 amis

Les 2 amis

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Il mange salement

Il mange salement

et n'est pas sympathique

et n'est pas sympathique

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Gros lard!

Gros lard!

Pour voir des animaux, la présence d’eau est indispensable à proximité. La prochaine sortie se fera dans les environs d’une petite cascade près de la route nationale. On peut y voir des singes, mais plutôt le matin de bonne heure ou à la tombée de la nuit. Je n’en ai pas encore vu. Par contre, il y a de nombreux oiseaux que l’on ne voit pas forcément ailleurs. La place est agréable et offre un point de vue sur la plaine.

Nous sommes en saison séche et l'eau est peu abondante

Nous sommes en saison séche et l'eau est peu abondante

Sur grand écran on peut distinguer le crocodile

Sur grand écran on peut distinguer le crocodile

En contrebas, il y a un point d'eau permanent avec un crocodile très timide.

En contrebas, il y a un point d'eau permanent avec un crocodile très timide.

Oedicnème du Sénégal. Ils sont souvent 2 : Le mâle et la femelle.

Oedicnème du Sénégal. Ils sont souvent 2 : Le mâle et la femelle.

Bruant

Bruant

Pigeon

Pigeon

Non identifié

Non identifié

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien

Il existe une histoire surprenante à cet endroit. Au milieu de la végétation, il y a une tombe, toute petite et sans nom. Ce n’est pas tellement surprenant car en Afrique, les morts ne sont pas forcément enterrés dans des cimetières mais parfois dans leur concession. Ce qui est pratique tant que la propriété appartient à la famille mais qui peut s’avérer gênant lorsque le terrain change de propriétaire. En effet, cela peut donner prétexte à des incursions du fantôme ou de la mâne de l’ancêtre abandonné qui inévitablement viendra déranger les nouveaux habitants par sa présence incongrue. La maison sera alors considérée comme hantée et ce sera d’autant plus grave que le sus-dit enterré sera mort dans des circonstances douteuses comme la plupart du temps pour une affaire d’argent ou de femme. L’édifice sera alors considéré comme hanté et verra son prix diminuer drastiquement. Seul un marabout ou un ministre de Dieu compétant sera capable, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, de faire partir l’âme tourmentée indélicate.


Ici, pas de concessions, juste la cabane du gardien qui n’a pas l’air de se plaindre outre mesure de sa voisine. Celui-ci nous explique qu’il y a plusieurs années, une femme un peu excentrique passait plusieurs mois à cet endroit, au demeurant très agréable mais tout de même un peu isolé. Elle avait fait le vœux, lorsqu’elle serait décédée que son corps soit enterré ici, au milieu des oiseaux, des crocodiles et des singes patas. Ce qui finit fatalement par arriver un jour. Elle fut donc ensevelie où elle l’avait souhaité. Un panneau indicateur en métal fut planté à la tête de la sépulture. Malheureusement, d’après le gardien, il a été volé par des ‘enfants’ quelques temps après. (En Afrique, quand une bêtise est faite, on dit toujours que ce sont les ‘enfants’. C’est en fait un terme générique pour indiquer tout individu de 4 à 96 ans dont le peu de discernement l’amène à faire des choses irréfléchies et souvent condamnables.) Ce larcin est très embêtant car la dame allongée est maintenant dépourvue de toute identité. La légende nous dit qu’un jour ses enfants viendront du pays des blancs pour fleurir la tombe et lui donner un nom...Ce qui est, à mon avis de plus en plus improbable vu la situation socio-politique du pays. De plus d’après mes investigations, à part le gardien, il n’y a pas grand monde qui ait connaissance de cette histoire et pour retrouver la tombe dans la végétation, c’est très compliqué. En fait, l’Afrique fourmille de telles histoires surprenantes.

Dans la région, il y a même une cascade, une vraie comme en Afrique Centrale, quoique un peu plus petite. Ce nanisme aquatique est dû au déficit pluviométrique. Là, je n’ai pas amené de téléobjectif mais un grand angle avec une lentille polarisée. J’avais envie d’essayer la technique photographique qui consiste à augmenter le temps de pose pour que l’eau qui coule ressemble à un rideau. Lorsque l’on arrive à associer une belle luminosité avec cet effet, les photos sont assez agréables à regarder.

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Vue de la cascade sous différents angles

Vue de la cascade sous différents angles

En remontant le cours d’eau et en bifurquant vers la droite, on a accès à un lieu magique où se déroulent de nombreux sacrifices. C’est un peu le Lourdes du coin en un peu plus dégueulasse. Il est bon de rappeler, pour ceux qui l’auraient déjà oublié ou qui n’étaient pas en classe à ce moment, que dans la mythologie Mandingue, Dieu procéda à 4 sacrifices, dont un seul suivit le protocole convenable.(le ‘sonni yéré yéré’).
Mais je vous dois quelques explications :
«Les différents sacrifices effectués par les Malinké et les Bambara ne seraient qu’une simple répétition de quatre actes de mise à mort que Dieu réalisa au commencement de la vie sur la terre dans le but de châtier les blasphémateurs, de sauver son œuvre, de défendre ses adorateurs ou de préserver les valeurs spirituelles et morales qu’il leur enseigna. En effet, aucune des innombrables victimes des trois premiers — de violentes mises à mort accompagnées d’effroyables mutilations et blessures — ne réapparut à la vie sous une forme ou une autre. Par contre, le bélier céleste sacrifié par Dieu émergea, après le déluge, des profondeurs de la mare de Faro. Ceci est une des caractéristiques essentielles du « véritable » sacrifice, dans lequel la victime ou ses morceaux judicieusement répartis servent à restaurer, à consolider ou à fertiliser le monde.»
«Un sacrifice est le plus souvent prescrit par un devin (marabout) et précédé, accompagné ou suivi, selon les cas, de formulation de vœux pieux, de récitations de prières, etc.Ainsi, pour défricher un nouveau champ, ouvrir une mine, creuser les fondations d’une maison, entreprendre des démarches matrimoniales ou un voyage, aller à la chasse, introniser un chef, enterrer un mort ou célébrer ses funérailles, initier de jeunes gens, passer des examens, s’attirer les faveurs d’un supérieur, etc., les Bambara et les Malinké consulteront des voyants et feront les sacrifices, dons, offrandes, libations, etc. qui s’imposent.»

 

Mais que va t on sacrifier? C’est très simple, c’est juste une question de moyen. Pour ceux qui sont pécuniairement défavorisés, il y a le poulet. C’est lui qui morfle le plus au niveau sacrifice : Enterré vivant, plumé vivant, découpé en morceau, massacré...il est l’objet de toutes les attentions sacrificielles. Un conseil : ne vous réincarnez jamais en poulet en Afrique, c’est de la folie pure...pire, du suicide réincarnationiste. Ensuite viennent la chèvre et le mouton (qui n’ont pas la même signification), puis le bœuf et accessoirement l’âne. Enterrer vivant un âne noir est du plus grand chic.
Le vautour est aussi un objet de sacrifice. Cependant le cours du vautour a beaucoup augmenté dernièrement à cause de sa rareté.

Pour ceux qui en ont les moyens : Hommes politiques corrompus, chanteurs et autres artistes dégénérés plein aux as, il y a l’albinos.

Extrait de: ‘Les représentations hybrides de la mort dans le roman africain francophone’ ...De Bomaud Hoffmann

‘Victime sacrificielle de prédilection’ est un terme technique pour expliquer qu’un albinos, peut être tué mais aussi découpé en morceau et vendu en pièce détachées.
Il y a aussi ‘l’huile humaine’ qui est en fait composée des fluides organiques gras qui s’échappent d’un cadavre. C’est, paraîtrait il, très efficace et très cher. Mais je n’en sais pas plus sur le sujet.
Bon, c’est comme ça, on est en Afrique, pas à Disneyland ni à France2 avec la mère Lapix en train de raconter ses boniments pour jeunes filles nubiles.
Je rassure tout de suite les touristes non albinos, même pas trop bronzés. Ils ne risquent rien...enfin je n’ai jamais rien entendu là-dessus. Suédois et Norvégiens, méfiez vous quand même, on ne sait jamais, une erreur est si vite arrivée. Une de mes amies blondes s’est un jour fait arracher sournoisement quelques cheveux, c’est le seul fait divers à tendance mystique que j’ai entendu en 35 ans ce n’est donc pas très grave.

J’accompagne parfois des amis dans ce coin champêtre car ce charnier attire invariablement des charognards qui font de très beaux clichés. En particuliers les milans noirs et de moins en moins les vautours dont l’espèce est en voie d’extinction. J’évite de m’aventurer trop dans l’endroit où se pratique les sacrifices car c’est assez glauque et ça sent franchement mauvais. Je rassure tout de suite le lecteur, je n’y ai vu que des sacrifices de volailles et de caprins, jamais, ni de bœuf, encore moins d’albinos. J’y suis allé une fois par curiosité. Je ne connais même pas le nom du djin (génie) qui y habite. En brousse, il y a de nombreux endroits sacrés qui permettent de communiquer avec les puissances supérieures et je trouve assez fréquemment des autels ou des lieux présentant des signes de sacrifices...toujours animaliers. Mais à mon avis, le sacrifice c’est comme la politique, ça n’engage que ceux qui y croient.

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Lieu du sacrifice. Comme à Lourdes, certains visiteurs emportent un peu du liquide de la mare.

Lieu du sacrifice. Comme à Lourdes, certains visiteurs emportent un peu du liquide de la mare.

Détails

Détails

Lourdes  est quand même mieux entretenue

Lourdes est quand même mieux entretenue

Autel

Autel

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Il y en a au moins un qui est content.

Il y en a au moins un qui est content.

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Milans noirs

Milans noirs

Vautour. Le seul que j'ai vu

Vautour. Le seul que j'ai vu

A quelques centaines de mètres de ce petit coin de paradis, il y a un autre lieu de culte, celui du Dieu des Nazaréens cette fois, avec un chemin de croix représentant des personnages noirs, c’est assez pittoresque.

En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
En orange et noir. Partie 1 : C'est l'homme qu'a peur sinon y'a rien
Vues du paysage

Vues du paysage

Je me suis toujours dit que les Musulmans ont été plus malins que les Catholiques en interdisant toute représentation de Dieu. En effet, de quelle race et de quelle couleur est-il?
Un jour que je visitais une église abandonnée au Congo, j’ai fait remarqué à mon ami Congolais que Jésus, Dieu, les Anges, les Saints et tout le tintouin étaient bien roses comme des petits cochons bien propres sur les peintures murales. Seul le bon Samaritain était noir.

C'est un peu moyen pour une représentation africaine (Kibali-RDC -Province Orientale)

 


 

Il me rétorqua aussitôt que s’ils avaient été noirs, personne n’y aurait cru. C’est ce sens de l’humour et cette auto dérision que j’apprécie particulièrement chez les gens d’Afrique centrale. D’ailleurs le mot ‘Mundélé’ qui veut dire Homme blanc en Lingala viendrait de modèle. Ce ne serait pas étonnant car en Afrique de l’ouest l’homme blanc se dit ‘Toubab’ ou ‘Toubabou’ qui provient de l’Arabe et signifie ‘Savant’.

Depuis quelques temps, on remarque que ces dénominations assez flatteuses deviennent désuètes et sont de plus en plus remplacées par des dénominations plus poétiques et métaphoriques telles que ‘Cochon gratté (à peau molle)’ (Cote d’ivoire), ‘haricot blanc’ (Mundele Mandesou - Zaire), ‘incirconcis’, ‘mécréant’ ou ‘infidèle’ (Sahel) ou tout simplement ‘le blanc’. Ca peut sembler étonnant lorsque l’on pense qu’en France on fait des procès pour une BD, pour une pâtisserie ou pour une marque de chocolat et que certaines vedettes du cinéma d’origine Africaine se plaignent à la télévision qu’un individu mal éduqué les a appelés ‘le noir’ dans le métro. Comme quoi la dictature de la bien bienpensance n’a pas envahi tous les continents... Heureusement.

Pour en revenir à la marque de chocolat, le dessin de ce grand costaud rigolard qui était venu se battre pour délivrer la France nous donnait envie d’acheter car il représentait la force, la loyauté, la joie de vivre et un certain exotisme. Des ‘fâcheux’ et des ‘pisse-froids’ toujours prêts à voir le mal où il n’existe pas en ont décidé autrement!

 

A SUIVRE

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doume 07/03/2020 23:16

Le Banania et le tirailleur...l'hypocrisie dans toute sa splendeur : une assos qui commence par m a fait fermer l'usine française qui est délocalisée en...allemagne à cause de " y-a-bon ", nos voisins fabriquent la poudre de mes déjeuners des années soixante alors que leurs aînés sont passées avec leurs chenilles de panzer sur leurs cadavres comme dans la commune de chasselay à côté de lyon où a été construit un tata de couleur rouge latérite dont je poussais souvent le portillon quand à dix-huit ans je bossais pour la poste pendant mes vacances d'été.
on cherche des noises a une société a cause de " y-a-bon " mais aucune remarque sur le fait d'avoir envoyer des indigènes de nos colonies se faire griller au lance-flammes en europe pendant deux guerres mondiales.

Julio Von Gepetto 18/03/2020 18:39

Et que dire des Harkis lâchement abandonnés à la fureur du FLN à la fin de la guerre d'Algérie. Mais avant, il y avait eu les supplétifs de l'armée Française en Indochine. Quand on connait l'attachement que ces gens avaient envers la France et sa culture, les politicars de l'époque ont fait preuve d'une grande lâcheté. Mais c'est aussi vrai que De Gaulle avait peur que Colombey les 2 Eglises devienne Colombey les 2 Mosquées. De toute façon, rapatrier quelques milliers de Harkis ou de supplétifs indochinois n'aurait pas changé grand chose à la situation actuelle.