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Publié par Julio Von Gepetto

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos

Et finalement, le clou de ma virée. L’année dernière, au bout de plusieurs mois de recherche j’avais réussi à localiser un site de gravures rupestres. Il existe en fait de nombreux sites sur un territoire de plusieurs milliers d’hectares. Beaucoup sont cachés et peu de personne n’en ont connaissance. Seul le plus important est assez connu.
Il existe peu d’ouvrages dessus. J’ai toujours été surpris que les sites archéologiques africains semblent n’intéresser que très peu de personnes. Un jour, quelqu'un m'a demandé pourquoi je m'intéressais à toutes ces conneries, sous entendu qu'il y avait quand même mieux comme distraction, par exemple la bouffe, la picole ou les gonzesses, tout ça, tout ça... Je n'ai rien répondu.

J’ai quand même pu trouver des informations qui me semblaient très pertinentes sur certaines grottes ou abris sous roche. En particuliers les coordonnées géographiques. Mais avant de commencer l’exploration voici quelques précisions sur l’ethnie peuplant cette région.

‘Au centre du Burkina Faso, les trois Volta irriguent une grande région où vivent de nombreux peuples dont le plus important est celui des MOSSI. A l’ouest des MOSSI, on trouve le peuple des SAMO et des BOBO ; puis encore  à l’ouest : les BWA qui peuplent la région qui nous intéresse.

                                                           Cérémonie Bwa dessiné par Binger

Les communautés villageoises Bwa comportent 3 castes : les paysans, les forgerons et les griots.
Le forgeron a une fonction pivot. En effet, s’il maîtrise l’art de la forge et l’art de la sculpture sur bois, il exerce une fonction rituelle, proche de la terre : c’est lui qui creuse les puits et ensevelit les morts. Il a également la responsabilité du geste de la circoncision.
L’importance de ses responsabilités rituelles et de sa position sociale vient de ce que les Bwa vouent un culte à Do, fils du dieu créateur, incarnation de la nature à l’état sauvage.
Proche de la terre, le forgeron demeure le meilleur intercesseur entre Do et les hommes.
Les Bwa croient que le monde a été créé par Dieu, nommé Difini, ou Dobweni, qui a abandonné l’homme et a quitté la terre quand il a été blessé par une femme martelant le millet avec son pilon. Pour agir comme son représentant parmi l’homme et comme un intermédiaire entre l’homme et les forces de la nature, Dobweni a envoyé son fils, Do.
Bien que Do soit androgyne, mâle et femelle, il est le plus souvent représenté comme mâle. Do représente la brousse et sa force vitale, car le Bwa dépend encore de la brousse pour le gibier et pour sa nourriture. Il se montre comme la source de la vie végétale et le pouvoir qui donne des fruits au travail de l’homme dans les champs. Do est concerné par toutes les cérémonies qui assurent le renouvellement de la vie.
Do est représenté par des masques ‘bieni’, faits exclusivement de plantes sauvages (tiges, herbe et feuilles), parce qu’ils ne doivent pas ressembler aux créations de l’homme.

Masques Bwa, on remarquera une certaine analogie avec les gravures

Le chef religieux est un prêtre de la terre, le ‘labie’. Il est le plus ancien membre masculin du clan qui a occupé la première fois la terre sur laquelle le village est établi. La congrégation de Do est une force de cohésion majeure dans la communauté traditionnelle de Bwa, fournissant le lien de congrégation qui fait des Bwa un groupe ethnique unifié. Do et les masques qui l’incarnent sont concernés par la vie et la nouvelle croissance, et non par la mort, de sorte que ces masques participent rarement à des funérailles. Cependant, les masques à feuilles, qui sont sacrés, peuvent apparaître brièvement pour honorer le défunt s’il appartenait à un clan qui utilisait des masques à feuilles. Les principaux contextes dans lesquels apparaissent les masques à feuilles sont les initiations et les cérémonies de purification ou de renouvellement des villages.
L’interprète devient Do, et exécute des rites qui représentent la dépendance de l’homme sur les forces de la nature pour la vie. De cette façon, « la communauté humaine est réintroduite dans le cycle de la nature, et renouvelle ainsi ses forces, à travers l’image de la végétation qui renaît chaque année » (Capron 1957 : 104).

Les nombreux types de masques se distinguent par le nom des feuilles ou des fibres utilisées, les couleurs des fibres, ou la forme de la tête du masque. Chacun de ces masques est une manifestation de Do. La région visités est le théâtre du culte du Do. Les gravures existantes dans ce secteur, on un graphisme qui rappelle celui des végétaux très représentés dans le culte du Do.
Cependant, comme le disait le Père Herbert : «Il y a donc des milliers d’années, le pays Toussian actuel était habité mais on ne saura probablement jamais par qui au juste ».
Jean HEBERT pense qu’une bonne partie des dessins sont des représentations de masques en fibres.’

Village typique de la région.

Village typique de la région.

Il est très difficile de dater ces gravures. Des informations parlent du néolithique, d’autres de l’âge du fer et d’autres encore les disent plus récentes. Ils existent de très nombreux sites tout au long des falaises jusqu’à Bobo, les sites sacrés sont très compliqués à trouver lorsque l’on ne connaît pas leur emplacement car ils sont souvent cachés et peu de gens en ont la connaissance. Les quelques anciens qui l’ont ne souhaitent pas la partager. A tel point que les coordonnées que j’avais pu récupérées se sont avérées totalement fausses.
Le premier jour, je suis parti avec mon ami Karim pour retrouver Yacoub qui nous sert de guide dans la région. Il est important de prendre un guide qui connaisse bien la région et les petites pistes pour aller d’un endroit à un autre. De plus, on traverse assez souvent des propriétés appartenant au village et les villageois n’aiment pas trop voir des étrangers se promener seuls. Fort de mes coordonnées et grâce à un smartphone GPS, je suis parti directement sur le site. Mes compagnons me suivaient mais semblaient dubitatifs. Persuadé de la justesses de mes informations et ayant une foi inébranlable dans la technique, je fonçais tête baissée. Au bout d’une demi heure, je me suis aperçu qu’il n’y avais pas grand chose dans le secteur et qu’il ne pouvait y avoir ni grotte, ni abri sous roche dans cette plaine herbeuse. Par contre, a quelques 600 mètres de là, dans la falaise était sûrement caché ce que nous cherchions.
Revenu à l’ hôtel, j’ai essayé toutes les combinaisons possibles des coordonnées me permettant de me rendre sur ces sites et ceci grâce à Google Earth et aux photos que j’avais prises. Malgré tout, je n’ai trouvé aucune combinaison satisfaisante.
Sur le chemin qui conduit à la falaise, nous sommes repassé par un endroit où l’année dernière nous avions repérés des gravures ainsi qu’un réservoir d’eau creusé dans la roche. L’endroit étant ombragé, c’était l’idéal pour casser la croûte. En cherchant, nous avons encore découvert des gravures. Malheureusement celles-ci sont partiellement effacées. Après nous être restauré et surtout désaltéré, nous reprîmes la route.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Une partie a été reprise par un artiste anonyme.

Une partie a été reprise par un artiste anonyme.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Gravure par piquage : Peut être un lézard

Gravure par piquage : Peut être un lézard

"J’ouvre une parenthèses médicale au sujet de la déshydratation. Pour une course de 5 heures en brousse, il faut compter au minimum 2 litres d’eau. A défaut, vous allez commencer à vous déshydrater, perdre des forces et commencer à réfléchir à l’envers. Si cet état vous surprend alors que vous n’avez plus d’eau et que vous êtes devant une falaise de 250 mètres, vous êtes mal engagés. On ne blague pas avec l’eau. Pas de bière et autre Red Bull, bien pratique pour danser à Ibiza jusqu’au bout de la nuit mais dangereux en pleine brousse quand l’effet Red Bull aura disparu au beau milieu de la falaise et à 2 heures de marche d’un point de ravitaillement ."

En contournant par le haut de la passe, nous avons encore découvert d’autres petits sites intéressants dont un jeu d’Awalé. Les gravures sont en meilleur état que sur le site précédent.

 

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos

'L'awalé ou awélé est un jeu de société combinatoire abstrait créé en Afrique.
Voici l'une des légendes sur la naissance de ce jeu, mais tout comme ses noms et ses règles, elles sont nombreuses :
« Ils ont marché longtemps, très longtemps à travers le désert, jusqu'à ce qu'ils arrivent au bord de la mer. Ils ont fait des provisions de coquillages puis sont repartis dans leur village. En chemin, ils ont fait des trous dans le sable pour stocker les coquillages. C'est ainsi qu'est né le jeu : des coquillages dans des trous. »  
Les travaux de Culin, de Griaule et de Reysset ont par ailleurs permis d’établir des liens entre les cosmogonies Dogon (Mali) et Luba-Lulla (Zaïre) et le jeu d’awalé.’

 

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Vue de la dalle gravée

Vue de la dalle gravée

Le site est protégé par le fameux fétiche ‘Snoopy’ dont j’ignore les pouvoirs.
Mes compagnons étaient aussi totalement ignares à ce sujet.
Il peut être facilement daté de la fin du XXème siècle, début du XXIème.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Détails du fameux fétiche americano-burkinabé

Détails du fameux fétiche americano-burkinabé

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Un conseil : Dans la brousse regardez où vous mettez les pieds, y'a des habitants qui n'aiment pas être dérangés pendant leur digestion.

Un conseil : Dans la brousse regardez où vous mettez les pieds, y'a des habitants qui n'aiment pas être dérangés pendant leur digestion.

Puis nous sommes descendu dans la passe, notre guide prétextant un mal au pied resta à l’entrée de la passe. J’avais déjà remarqué plusieurs fois qu’il ne souhaitait jamais s’aventurer dans la passe. Dans les années 80, lorsque j’explorais les grottes de Banza-Gungu, au Zaïre, j’avais déjà constater la réticence des villageois à s’aventurer à l’intérieur. Avant de pénétrer dans la grotte, ils avaient fait tout un cérémonial pour chasser les esprits. Je pensais qu’ils l’avaient fait pour nous mystifier mais finalement c’était bien réel.

Vue de l'entrée de la grotte de Banza - Gungu. La photo est prise de l'intérieur de la grotte. Il faut descendre dans un trou pour y accéder
 

Avec Karim, nous partîmes jusqu’à la sortie de la passe puis longeâmes la falaise car j’en suis convaincu, les grottes indiquées avec les mauvaises coordonnées se trouvent dans cette région. Après avoir remarqué quelques signes et marché-fatigué dans les lianes, les ronces et les rochers, Yacoub nous appela car il commençait à trouver le temps long. Nous le rejoignîmes en nous promettant de revenir pour éclaircir la présence des quelques signes observés.

Photos de gravure sur le sol d'un abri sous roche dans la région de Lovo (Bas Zaïre) on peut retrouver une certaine similitude

Photos de gravure sur le sol d'un abri sous roche dans la région de Lovo (Bas Zaïre) on peut retrouver une certaine similitude

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Autres photos de peintures rupestres prises dans le Bas Zaïre (1990)

Autres photos de peintures rupestres prises dans le Bas Zaïre (1990)

Paysages dans la passe

Paysages dans la passe

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Paysage du fond de la passe. Ne cherchez pas sur internet, vous ne les trouverez pas comme destinations tendances de rêves sur instragram

Paysage du fond de la passe. Ne cherchez pas sur internet, vous ne les trouverez pas comme destinations tendances de rêves sur instragram

On pourrait croire que ce sont des signes mais ce ne sont que des gravures du fait de l'érosion

On pourrait croire que ce sont des signes mais ce ne sont que des gravures du fait de l'érosion

Par contre, là, ça pourrait être des gravures humaines mais ce n'est pas sûr (?)

Par contre, là, ça pourrait être des gravures humaines mais ce n'est pas sûr (?)

Celles-ci sont de nature humaine : Un serpent et peut être un lézard avec 4 pattes et une queue (?)

Celles-ci sont de nature humaine : Un serpent et peut être un lézard avec 4 pattes et une queue (?)

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Abri sous roche dans la falaise et se situant à proximité des gravures précédentes. Une inspection rapide n'a rien donné. Il est très difficile de progresser le long de cette falaise.

Abri sous roche dans la falaise et se situant à proximité des gravures précédentes. Une inspection rapide n'a rien donné. Il est très difficile de progresser le long de cette falaise.

Sur le chemin du retour, je remarquais des scories indiquant la présence d’anciens bas fourneaux pour la fabrication du fer. Je remarquais aussi 2 édifices qui auraient pu être des fourneaux...ou des termitières...
En se disant au revoir, ce soir là, nous nous sommes donné rendez vous pour une autre expédition dans la semaine.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
L'arbre a visiblement poussé après que l'édifice ait été construit. Ce qui m'étonne, c'est le trou sur un des côtés.

L'arbre a visiblement poussé après que l'édifice ait été construit. Ce qui m'étonne, c'est le trou sur un des côtés.

Le lendemain, Yacoub nous téléphonait et nous assurait qu’il avait trouvé un coin fantastique.
Le jour suivant, nous le retrouvions chez lui. Quelques minutes plus tard, un individu d’une cinquantaine d’années arrivait sur une mobylette en vociférant . Puis il se mit à discuter fortement avec Yacoub. Le Bwa (Voltaïque) et le Bobo (Mandingue) étant 2 langages totalement différents, Karim ne comprenait pas le contenu des palabres. Puis sans nous adresser un mot, le désagréable individu repris son chemin. Je vis que Yacoub était contrarié, il en oublia même sa daba (sorte de pioche) qu’il amène toujours lorsqu’il sort en brousse. En fait le sinistre individu, reprochait à Yacoub de nous amener au site qu’il nous avait promis. En fait, l’endroit est celui qui est connu et où l’individu fait payer 25.000 Fcfa pour y amener les visiteurs. Cependant, ce type d’endroit ne me plaît pas et je proposais à Yacoub que l’on visite ce que l’on avait prévu de faire à la dernière sortie. Ceci pour éviter tout ennui avec le fâcheux.
«Il est comme ça» : expliqua Yacoub, fataliste. «L’autre jour il a détourné 3 tonnes de ciment que des blancs avaient donné au village».
Ce qui est surprenant, c’est qu’il a l’air d’être craint alors que c’est un escroc. Il profite de son ascendance et de son âge sur les autres villageois pour faire ses malversations.
Nous retournâmes à la passe et nous visitâmes une grotte qui se situe au fond de celle-ci. C’est assez difficile pour y arriver car elle est cachée dans la végétation, mais le plus compliqué et d’accéder à l’entrée.

Descente dans la passe, tout en bas de la photos, on distingue mes 2 compagnons.

Descente dans la passe, tout en bas de la photos, on distingue mes 2 compagnons.

Ce pourrait être une photo de la grotte  prise par mon ancètre Artemus Gordon VonGepetto. En fait, ce n'est qu'une des épreuves retravaillées avec Silver Efex. Ca a un faux air de statue de l'ïle de Paques.

Ce pourrait être une photo de la grotte prise par mon ancètre Artemus Gordon VonGepetto. En fait, ce n'est qu'une des épreuves retravaillées avec Silver Efex. Ca a un faux air de statue de l'ïle de Paques.

Il faut se glisser dans une faille qui doit faire 30 cm de large. Vous avez bien lu : 30 cm. Je m’y suis repris à 2 fois. La première fois je suis resté coincé et j’ai dû ressortir. Au second essai, je rentrais mon ventre le plus possible et j’expirais, dégonflant ainsi mes poumons. J’ai pu progressé ainsi jusqu’au bout de la faille où s’ouvrait une ouverture très étroite donnant sur un petit couloir très court. Et ceci tout en inspectant dans toutes les directions pour voir si un serpent n’était pas accroché aux parois ou sur le sol. Faut pas être claustrophobe, c'est tout.

On voit l'entrée de la grotte mais il n'est pas possible de descendre dans le couloir car la profondeur est d'environ 6 mêtres

On voit l'entrée de la grotte mais il n'est pas possible de descendre dans le couloir car la profondeur est d'environ 6 mêtres

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
L'autre côté du couloir n'est pas, non plus, praticable.

L'autre côté du couloir n'est pas, non plus, praticable.

Vous êtes prévenus, le comité d'accueil est là. La présence des serpents ne semble pas être une légende.

Vous êtes prévenus, le comité d'accueil est là. La présence des serpents ne semble pas être une légende.

Cette faille minuscule permet d'accéder à la grotte.

Cette faille minuscule permet d'accéder à la grotte.

Cet étroit passage débouche au fond de la crevasse. En face de moi, je voyais l’entrée de la grotte mais pour y pénétrer, je devais traverser une petite mare d’un mètre de profondeur environ. Des nuées de chauve-souris sortaient de la bouche de la grotte. Par réputation, cette grotte contient de nombreux serpents, ce qui ne m’étonnerait pas car ils se nourrissent des chauve souris. De plus, à l’entrée du petit couloir, comme pour nous prévenir, il y avait une mue de serpent. «Ils sont gros comme ça» : me dit Yacoub en joignant le geste à la parole.

Alors forcément, j’ai tout de suite pensé à la fée Mélusine, qui suite à une brouille avec son mari Raymondin est partie de la forêt de Mervent où elle avait élu domicile. Je savais qu’elle avait voyagé, mais je ne pensais pas qu’elle puisse être allé en Haute Volta. J’ai déjà les chocottes devant le placide Mamba noir, le gentil cobra cracheur, le pacifique python de Seba, alors vous pensez Mélusine. On a beau être du même coin en Vendée, comme qui dirait 'un pays',on ne peut pas se fier à une énergumène pareil.
Pour ceux qui chahutaient ou qui dormaient pendant les cours d’histoire de France je vais vous renseigner.

'Au départ, Mélusine était une petite jeune fille très convenable, pas une dévergondée comme on en rencontrait en ces temps obscurs. Suite à une sombre histoire de famille, sa mère qui était une vieille carne lui jeta un sort :
«Chaque samedi, tu auras une énorme queue de serpent à la place des jambes, et tu ne pourras annuler cette malédiction que si tu rencontres un homme capable de fermer les yeux sur ce détail.»
Plus tard, elle rencontra un individu du nom de Raymondin (pas Ragondin), neveu du comte de Poitiers. Il fut charmé par Mélusine, qui lui promit de lui apporter la prospérité s’il l’épousait. Malgré les petites lettres en bas du contrat qui stipulent qu’il ne doit pas essayer de la voir le samedi, il s’empressa d’accepter. Ils se marièrent, et ils eurent dix fils.
Et puis un jour, le frère de Raymondin, insinue que le samedi, elle part retrouver son amant. Raymondin, choqué, rejoint la tour que sa femme avait construite pour s’y réfugier, et fait un trou dans la porte pour l’espionner. Les versions diffèrent sur la suite, mais se terminent toutes de la même manière : Raymondin découvre et renie la nature de Mélusine qui, démente, pousse un hurlement de douleur en se jetant par la fenêtre. Elle se change entièrement en serpent géant, ou en dragon, et disparaît dans un cri surnaturel. Maintenant, on sait où elle est allé se planquer, la Mélusine.'

Bande dessinée de l'époque montrant Mélusine en train de se barrer

Mélusine c'est pas un petit bestiau de nain. Le haut ça va,mais le bas laisse quand même à désirer.

Mélusine c'est pas un petit bestiau de nain. Le haut ça va,mais le bas laisse quand même à désirer.

«P...on est samedi aujourd’hui...je l’ai échappé belle!» C’est pour ça que mes compagnons ne m’ont pas suivi. Ils avaient les foies. Quand je leur ai posé la question, ils m’ont répondu qu’ils croyaient que je souhaitais y aller seul...Oui, bien sur.

Donc, je suis là, devant ma mare en pensant à Méluse, à 'Belles Tétines' (Voir article : La moto et ses philosophies) et au pays des Chouans, regardant toutes ces chauve-souris roussettes en train de voleter. Je n’ai pas pu prendre mon appareil photo à cause de l’exiguïté du couloir. Alors je photographie avec le smartphone. En fait, c’est l’eau qui m’a fait rebrousser chemin car je n’avais pas envie de me tremper jusqu’aux cuisses et surtout je ne savais pas si le fond de la marre était dur ou pas et le type d’habitant qui y avait trouvé refuge. De plus j’étais seul. J’y reviendrai. Par contre, à ce niveau, pas de signe sur la pierre...rien, Walou, Zobi.

A droite, la grande fente c'est  l'entrée de la grotte. Ca à l'air tout petit comme ça mais ça fait 20 mètres de haut.

A droite, la grande fente c'est l'entrée de la grotte. Ca à l'air tout petit comme ça mais ça fait 20 mètres de haut.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Détails de l'ouverture, j'ai essayé de prendre les chauve-souris mais elles volaient trop et avec mon smart phone de pauvre, je n'ai pas assez de définition.

Détails de l'ouverture, j'ai essayé de prendre les chauve-souris mais elles volaient trop et avec mon smart phone de pauvre, je n'ai pas assez de définition.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
C'est par là qu'on sort

C'est par là qu'on sort

Comme l’heure du casse-croûte arrivait et que les émotions donnent faim, nous sommes redescendus vers le milieu de la passe pour trouver un endroit pour se restaurer. Ensuite, nous sommes repartis vers l’endroit, où nous avions, quelques jours auparavant découvert des signes. Yacoub est venu avec nous cette fois-ci.

Après avoir tourné quelques temps, j’ai vu une pierre plate, comme une pierre tombale, gravée de multiples signes. D’autres signes étaient aussi gravés sur les rochers avoisinants. Puis en remontant vers la falaise, nous avons trouvé un abri sous roche avec des pierres gravées à proximité dont une verticale. Par contre, nous n’avons pas vu de signes sur les parois de l’abri. Persuadé que les grottes que nous cherchions se situent sur le côté gauche de la passe, nous avons continué, Karim est moi dans la végétation et les éboulis qui jouxtent la falaise. La progression est très difficile d’autant plus que nous n’avions pas de machette. Puis Yacouba qui était en bas nous appela pour nous signaler la présence de singes. Quand nous l’eûmes rejoint, nous avons pu observer une dizaine de singes verts batifolant dans les arbres au-dessus de la falaise. Malheureusement, j’avais oublié mon téléobjectif. Il était alors l’heure de rentrer pour éviter de rouler la nuit vers Banfora. Nous nous mîmes d’accord pour une troisième sortie.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Vue de la pierre 'tombale' gravée

Vue de la pierre 'tombale' gravée

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Autres pierres gravées en remontant vers l'abri sous roche.

Autres pierres gravées en remontant vers l'abri sous roche.

L'abri sous roche. Dans celui-ci non plus, je n'ai rien vu.

L'abri sous roche. Dans celui-ci non plus, je n'ai rien vu.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Une pierre gravée verticalement au bord de l'abri sous roche.

Une pierre gravée verticalement au bord de l'abri sous roche.

Quelques jours plus tard, par acquis de conscience, j’allais avec mes amis sur le lieu des coordonnées que j’avais récupérées sur internet. Là aussi, il n’y avait rien. Par contre, du haut de la falaise, nous avons pu voir les singes mais une fois de plus, je n’avais pas mon téléobjectif.
Il existe des dizaines de sites intéressants tout le long des falaises, sûrement de différentes époques et de différentes croyances. (A suivre)

Pas toujours facile de progresser hors des sentiers battus.

Pas toujours facile de progresser hors des sentiers battus.

Une belle vue, d'un angle inhabituel

Une belle vue, d'un angle inhabituel

Le surlendemain, je rentrais sur Bobo puis continuais sur Boromo.

La Volta Noire
 

Comme je le faisais remarquer précédemment, pour voir des animaux, en Afrique, il n’y a pas de mystère, il faut qu’il y ait de l’eau. Et c’est cela le gros problème. De plus en plus les mares permanentes s’assèchent et fatalement, les gros animaux disparaissent. Pour combattre ce fléau, les parcs d’Afrique de l’Est et du Sud, créent des mares artificielles et des aménagements à grands renforts financiers. Comme ces infrastructures coûtent très cher, les propriétaires financent soit avec des safaris chasse, soit avec des safaris photos. D’où un afflux de touristos ou de chasseurs massacreurs qui sont pressés de voir rapidement l’éléphant, le lion ou le rhino qu’on leur a promis sur le dépliant touristique tendance leur vantant un voyage inoubliable dont ils pourront voir les photos sur Instragram et qu’ils ont acheté la peau du...du quoi exactement?
Moyennant quelques dollars, ils pourront avoir une photo inoubliable avec Madame sur le dos du gentil Babar, l’éléphant ménopausé et légèrement sénile tenu en laisse par Djambo le véritable guide Masaï mensualisé. S’ils ont la chance, ils verront, non sans une certaine admiration mêlée de respect, Mr Eléphant, en train de faire un câlin torride à Mme Eléphante, qui au bout de 30 secondes d’étreinte mettra un coup de trompe rageur derrière les oreilles du goujat égoïste et trop pressé.
De retour au Nord, au pays de la grisaille, notre safariste (pas salafiste) mettra sur un forum de photo élitiste, destiné aux aventuriers, la photo parfaite du placide pachyderme lobotomisé bien cadré avec la règle des 2/3, avec aucune herbe ou branche parasite venant masquer même ne serait ce que la bout de la queue, avec l’éclairage de fin de journée et la balance des blancs qui va bien, ect...ect. Bref la photo techniquement parfaite qui est censé faire rêver. Celle digne de David Hamilton en train de filmer Billitis. J’ai bien dit filmer...parce que le père David, il faisait le ‘garçon’ avec ses modèles...Paraîtrait il!
Remarquez, si on regarde le bon côté des choses, on ne risque pas la plainte pour harcèlement sexuel avec les éléphants, même avec la femelle dominante.
D’un autre côté, David ne risquait pas de se faire piétiner par son modèle en furie... La vie est un éternel dilemme.


Pour ceux qui ne connaitraient pas Bilitis: Bon, faut pas rêver non plus, en voyant l'affiche du film, on devait bien se douter que ça n'allait pas être un grand film d'aventure avec des paysages grandioses et de la bagarre. De même la zikmu, ce n'est pas Led Zep.

 

Ben, non M’sieur-Dames, la photo animalière c’est pas de la photo de studio ou de zoo, encore moins la photo des plats de viande que l’on vous a servi dans un pays exotique. (Surprenant? Non pas vraiment. Lorsque certains touristes exotico-gastronomes en ont marre de faire des selfies, ils photographient ce qu’ils sont en train de bouffer. C’est à la mode. Il y a d’ailleurs une émission de télé-réalité où le journaliste ne voyage seulement que pour se régaler de cafards, larves, insectes douteux et autres cochonneries sous l’œil amusé des autochtones qui n’ont jamais vu un crétin pareil à qui on peut tout faire avaler. Faire 10.000 km en avion pour bouffer des araignées, des méduses ou des scorpions, n’est ni sympa pour la couche d’ozone ni pour l’empreinte carbone de la petite Grétouille et je me prends à douter de la santé psychique de notre grand voyageur. A sa décharge, ça change des émissions 'Koh Lanta' et  'Les Marseillais' qui sont du domaine animalier, qui devraient passer sur National Geographic Wild et qui nous rappellent cruellement que nous aussi, humains, sommes des animaux.

La différence entre ma vision des choses et le ‘package safari’, est que tu pars à pied avec ton ami qui connaît le territoire et les éléphants comme sa poche. Tu ne sais même pas si tu vas voir ne serait ce qu’un margouillat, et parfois tu rentres ‘brocouille’. Au départ, tu cherches la piste la plus fraîche en suivant les traces de pas et les bouses qui semblent être celle du dernier repas, tu te fis aussi à l’odeur, parce qu’un éléphant, non seulement ça trompe mais ça chlingue aussi énormément.

Celles-ci sont bien fraiches : Le troupeau n'est pas loin
 

L’odeur ressemble plus à ‘brise d’étable’ qu’à ‘senteur des petites fleurs des Champs Elysées’ de Michou Tapettovitchtein. (Champs Elysées ça veut rien dire mais c’est plus vendeur pour les Chinois)
Ici, pas non plus de walkie talkie avec des rangers partout pour te dire qu’à 10°30’10’’ Nord et 4°24’10’’ Est,  il y a un troupeau en train de faire collation.

Anciennes traces de pas.


 

Là, ils se sont couchés

Au bout de plusieurs heures, alors que tu tournes en rond à te faire griffer par des ronces qui ressemblent à des hameçons, à t’emmêler les pinceaux dans les lianes à tel point que tu ne sais même plus où tu es, ton guide et ami s’arrête.
«Là»: Chuchote-t-il!
Effectivement, dans la direction qu’il est en train d’indiquer, tu arrives à voir une masse grise en mouvement à travers les arbres de la forêt. On en est qu’au début.


Maintenant, il va falloir s’approcher doucement, sans les faire partir et surtout sans que la femelle dominante, toujours aux aguets ne nous repère. Dans le cas contraire, soit les éléphants dégagent et il va encore falloir les suivre alors qu’ils sont devenus méfiants, soit, plus embêtant ils chargent, ce ne sont généralement que de l’intimidation...mais, sait on jamais. ‘Nul ne connaît la grossesse qui fera l’albinos’.
Un éléphant peut se réveiller de mauvaise humeur ou l’odeur de l’homme, pour une raison ou pour une autre lui semble insupportable. On ne le sait pas à l’avance. Comme d’autres animaux sauvages (Félins, grands singes, hippos...), il peut avoir envie de passer ses nerfs sur le premier bipède venu qui est en train de le regarder. A ce moment, on a le choix entre le piétinement (le plus souvent fatal pour le piétiné) ou le lancer d’humain avec la trompe qui peut engager fortement le pronostique vital du projectile.
Après une charge, tu sens bien que tu n’es pas forcément le bienvenu au banquet des éléphants et que ce n’est pas le moment d’en remettre une couche, t’es somme toute un peu penaud et tu n’as plus qu’à rentrer à la maison ou plutôt à la case.
Un éléphant voit mal mais il sent et entend bien. En plus, je l’ai appris dernièrement, il ressent les vibrations du sol. Pour le bruit et l’odeur, il suffit de se mettre en vent contraire mais pour les vibrations, il faut être très très délicat. Ne pas se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine...bref, respecter la nature...et elle te le rendra au centuple.

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Ah! Les enfants

Ah! Les enfants

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Bord de la Volta (Janvier 2020)

Bord de la Volta (Janvier 2020)

Quand je suis à l’affût depuis plusieurs minutes pour photographier l’Oiseau, le Rare, celui que je n’ai encore jamais vu et qu’une famille de blaireaux arrivent avec leur bagnole, descendent en claquant les portières et que le gamin en transe crie : «Heul Môman, eugarde le zoli zoiseau qui s’envole», j’ai envie de mettre des baffes. Heureusement, si cette aventure m’est arrivée une fois au Sénégal, c’est très rare que je rencontre de tels individus vu les milieux dans lesquels j’opère.
Du coup, tu vas pouvoir t’approcher à une trentaine de mètres, en évitant tout mouvement brusque et en t’aplatissant ou en te cachant derrière les broussailles et observer les pachydermes dans leur vie de tous les jours. C’est vraiment passionnant de voir le petit qui joue avec sa grande sœur couchée, les autres qui prennent leur petit déjeuner et la femelle dominante qui secoue ses grandes oreilles, balance sa trompe et la pose par terre car quelque chose lui dit que le troupeau est observé.
Et la trompe, ah! La trompe de l’éléphant. Organe magique qui sert à tout. Elle permet à son propriétaire de respirer, de barrir, de boire, de sentir les odeurs et les vibrations, de se gratter ou de mettre des coups, qui sont moins violents que le piétinement de la victime et même de projeter un individu à plusieurs mètres. C’est aussi un organe préhensile pour arracher les herbes ou les arbrisseaux dont ils se nourrissent, qu’ils soient à terre ou en hauteur. Elle a aussi un rôle social entre individus.

"Dis bonjour au Monsieur". Boromo 2018
 

Je peux regarder ces animaux des heures, je ne m’en lasse pas.

Avec un peu de chance, durant ta recherche, tu pourras voir un chacal ou un guib harnaché. Malheureusement, ils sont très furtifs et difficiles à prendre en photo.

Guib Harnaché (Koubri - 2018)

Guib Harnaché (Koubri - 2018)

Un conseil : Si vous souhaitez voir des éléphants dans la région de Boromo, évitez les jeunes désœuvrés buveurs de tchapalo et de bière qui s'improvisent guides. N’ayant aucune connaissance de ces animaux, non seulement, ils les dérangeront mais ils vous feront prendre des risque inutiles. On est pas en Thaïlande ou à Disneyland. La nature ça se respecte!

Faucon

Faucon

En orange et noir. Partie 2 : Nul ne connait la grossesse qui fera l'albinos
Au bord de la Volta vivent de nombreux oiseaux.

Au bord de la Volta vivent de nombreux oiseaux.

Il y a même un petit coin sacrifice au cas où le besoin se ferait sentir

Il y a même un petit coin sacrifice au cas où le besoin se ferait sentir

Et si vous voulez  danser toute la nuit vous vous êtes un peu gaufrés de coin

Et si vous voulez danser toute la nuit vous vous êtes un peu gaufrés de coin

Bonne nuit

Bonne nuit

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