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Publié par Julio Von Gepetto

Niger : Le principe de précaution

Suite à l’assassinat dimanche de 8 personnes dont 7 humanitaires au Niger à Kouré, le quai D’Orsay avec l’accord du gouvernement vient de prendre la pire des décisions qu’il soit, à savoir :
Passer la totalité du territoire Nigérien en zone rouge.
En vertu de l’effroyable ‘Principe de précaution’, cher à nos dirigeants, les terribles conséquences de cette action risquent d’être les suivantes :

1) Il y a eu de nombreux morts dans cette région et beaucoup de personnes enlevées, en particulier à l’Est du Burkina Faso et à la frontière avec ce pays. Les victimes se comptent par dizaines, pour ne pas dire par centaines depuis le début de l’année. Bien sûr, comme ce sont des autochtones, aucun média n’en parle à part parfois RFI et FR24 qui sont loin d’être des exemples d’objectivité et de compétence.
Le fait d’avoir tué des ‘blancs’ a permis de créer une onde de choc médiatico-putassière dont nos grands communicants se sont appropriés la vedette, comme d’habitude, par des phrases chocs totalement insipides et un show télévisé grandguignolesque dont eux seuls ont le secret.
Passer le Niger en rouge ne fera que confirmer que tuer des ‘blancs’ est la meilleure solution pour arriver à les faire fuir et à créer le buzz dans le Landernau médiatique et les réseaux sociaux. Ce que recherche activement les assassins.
Les terroristes du Mali et du Burkina pourraient très facilement suivre cet exemple.

2)Le ressentiment anti-français qui sévit dans les pays du sahel va être amplifié au Niger par ce que les Nigériens ressentent comme une insulte à leur souveraineté. L’opération Barkhane est de plus en plus accusée de n’être pas capable de lutter sérieusement contre le terrorisme et de plus en plus de voix s’élèvent pour demander son départ.

3) Cette zone rouge va donner un coup d’arrêt définitif au tourisme faisant basculer des milliers d’individus qui en vivent dans la précarité. La seule solution pour de nombreux jeunes sera, soit d’entrer dans le banditisme, soit de s’enrôler dans des groupes djihadistes.
A ce propos, j’aimerais qu’on m’explique le lien qu’il peut y avoir entre Agadez, Zinder ou Tahoua et la frontière Nigero-Burkinabé. Le moindre des individus un peu renseigné sait que l’Est du Burkina est en grande partie contrôlé par des terroristes et que cette région est dangereuse. Une semaine avant le drame de Kouré, vingt personnes avaient été massacrées par des bandits armés dans un marché du côté Burkinabé.
Les dangers rencontrés dans cette région frontalière n’existent pas dans d’autres régions du centre.

4) Les investisseurs qui souhaitent s’installer au Niger consultent aussi les sites concernant la sécurité. Ils hésiteront à 2 fois avant d’aller investir dans un pays formellement déconseillé et de créer des emplois.

Lorsqu’il y a des souris dans une maison, il vaut mieux essayer de trouver une solution pour s’en débarrasser plutôt que de brûler la maison...Malheureusement cette phrase pleine de bon sens ne convient pas du tout au ‘Principe de précaution’.

La misère est le berceau du djihadisme et de l'émigration vers l'Europe. Tout ce qui peut augmenter la misère augmentera ces 2 fléaux. Combattre le djihadisme ou l'émigration ne sert à rien si on augmente la misère.

Ce qui m’a totalement époustouflé c’est aussi le fait que des ONG continuent à envoyer des jeunes, certes bardés de diplômes et plein de bonne volonté, dans des environnements aussi hostiles. Les diplômes et l’amour de son prochain ne sont absolument pas les armes qu’il faut pour survivre dans des milieux aussi dangereux. Avec tout le respect que je dois aux défunts, on m’aurait demandé mon avis, j’aurais averti que leur espérance de vie, en dehors de Niamey, était de 6 mois maximum.

J’entends notre Premier Ministre dire qu’il va assurer la sécurité des humanitaires. C’est beau comme un discours de Premier Ministre entrant.
Seul Bémol :
Comment va t il s’y prendre sur des millions de kilomètres carrés, sachant que les terroristes sont infiltrés dans la population?

Un juriste a aussi proposé de donner un statut consulaire aux humanitaires. A votre avis, le tueur dont certains n’ont pas 15 ans, défoncé au Tramadol et qui ne sait ni lire ni écrire va t-il demander à sa prochaine victime ses papiers avant de lui envoyer un pruneau de son AK47 dans la tête?
Là, on a dépassé le mur du çon.

Il faut comprendre que dans ces pays, on est seul maître de son destin (Manu n'est pas toujours là pour nous protéger) et qu’il ne faut surtout pas croire les grands spécialistes de la sécurité dont les techniques ont malheureusement souvent échoué.
Je parle en particuliers de l’escorte avec un véhicule de l’armée. Le scénario est toujours le même, on fait sauter le véhicule d’escorte qui est en tête, ce qui neutralise les hommes en armes puis on a plus qu’à se servir dans les véhicules soit disant escortés. Ce type de sécurité n’ayant pour objectif, pour les sociétés ou organisations, que de se couvrir auprès des assurances.

Cependant, il serait idiot de penser que l’on ne peut pas vivre dans ces pays et je dirais même d’une façon agréable, ceci dépendant forcément de la mentalité de chacun.
Au bout de plusieurs années, on arrive à acquérir un certain instinct du danger. Lorsque l’on va dans un endroit, il faut étudier l’historique des problèmes qu’il y a eu, comment se comportent les populations, ect,...bien sûr cela demande de vivre au milieu des populations autochtones et d’être à l’écoute des informations utiles. Et surtout, essayer de ne pas se faire remarquer et éviter de se faire des ennemis. Ne jamais dire précisément où l’on va, à quelle heure on part et la voie que l’on va prendre, sauf évidement à une ou deux personnes dont vous avez l’entière confiance. Cela demande évidemment une certaine connaissance de l’Afrique qu’il est difficile d’acquérir en moins de 10 ans.

Dans une société où mourir est devenu un tabou et où le gouvernement se veut l'ultime protecteur des citoyens, il est normal que le Principe de Précaution trouve un terreau extrêmement favorable. La terreur de la mort est le signe d'une société en plein déclin qui de plus en plus va sacrifier les lambeaux de liberté qu'il lui reste pour une sécurité toujours plus oppressante et recherchée par les dirigeants des grandes démocraties.

 

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doume 20/08/2020 01:00

Salut motard, personnellement ça ne m'empêchera pas d'y faire un saut s'il le faut, moi je suis pas un humanitaire, j'ai pas la fibre, j'ai toujours préféré commercer avec les nigériens d'égal à égal, j'ai jamais pensé que je pouvais les prendre de haut, et leur apprendre quelque chose aux hommes bleus ou aux haoussas par exemple, alors pourquoi ils me rafaleraient ? il y a 5000 ans ils construisaient déjà des puits et connaissaient les vertus de la farine de noyaux de dattes alors question survie dans la brousse ou le désert...j'ai toujours préféré les écouter et apprendre le pays, j'ai toujours préféré leur vendre une belle 504 plutôt que de leur faire "cadeau" d'une motopompe comme toute bonne ong qui se respecte.

je parle des humanitaires parce que dans l'ensemble c'est sur eux que ça tombe les grosses tuiles, bizarre non ? et sur l'autre petite proportion qui sont les touristes en goguette dans les parcs, les militaires se font aussi dégommer mais ils sont dans une catégorie à part.
Il n'arrive jamais rien aux autres je parle de ceux qui bricolent ou commercent dirigent leur boite leur resto ont une affaire sur place ou une pme pmi industrie les locaux blancdafrique bien intégrés et qui résistent au palu, enfin ceux qui traitent avec les nigériens d'égal à égal non ?

Julio Von Gepetto 21/08/2020 14:28

Réponse au commentaire précédent : ERRATUM : Lire 'leur religion' et non 'l'heure religion'

Julio Von Gepetto 21/08/2020 14:21

Effectivement, on rencontre les victimes souvent dans la même tranche d'âge et catégorie socio-professionnelle. On a dû commencer à 'descendre' à peu près au même âge. On ne faisait pas tellement attention mais les dangers n'étaient pas les mêmes. On avait plus de chance de mourir de soif dans le désert ou d'un accident que tué par des rebelles. On n'était pas non plus assommé par des vagues de repentance et de culpabilité EELV en ce qui concerne la colonisation et la Françafrique...Les méchants d'un côté et les bons de l'autre. (Je vous laisse apprécier qui sont les méchants et qui sont les bons). Assez rapidement et sans stage d'immersion clownesque vendus des fortunes, on comprenait vite ce que l'on pouvait faire ou ne pas faire, où on pouvait aller, comment se comporter, le respect des autres... Le plus bel exemple de ce type de comportement néfaste fut lorsque un groupe d'humanitaire étaient venues réparer des pistes dans l'Atlas. Habillé comme à Ibiza, elles furent obligées de quitter le secteur sous la menace des habitants alentours qui considéraient leur accoutrement comme un manque de respect phénoménal à leur coutume et à l'heure religion. La connaissance des coutumes, des risques liés à certains territoires et tisser des liens avec les locaux en les respectant sont les meilleurs gages pour éviter les déconvenues...mais ça ne s'apprend en suivant des stages de 'spécialistes sécurité' durant 15 jours.