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Publié par Julio Von Gepetto

De passage à Conakry et logeant près du musée où se situe la case de Sanderval, je décidais d'y faire une visite.

Comment parler de la Guinée sans parler des deux illustres personnages que furent Aimé Olivier de Sanderval et Samory Touré ?

Chacun lutta à sa manière contre la colonisation appliquée selon la méthode gouvernementale de l'époque. Le premier prôna la coopération plutôt que la colonisation. Le second lutta, les armes à la main, contre la pénétration coloniale Française.

Comme le dit Alain Foka : "Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme." D'ailleurs c'est ce que les esclavagistes et à plus faible dose les colonialistes ont appliqué faisant croire que l'Afrique n'a pas d'histoire et que les peuples noirs devaient soit servir d'esclaves soit être enseignés suivant le modèle occidental. Méthode qui perdure malheureusement actuellement sous une autre forme. Cependant, que le lecteur ne se m'éprenne pas, mis à part l'esclavage (Triangulaire, inter africain et arabo-musulman) qui fut un crime contre l'humanité, la colonisation, si elle eut des aspects négatifs, comme la plupart des entreprises humaines eut aussi eu des aspects utiles.

D'ailleurs, Samory Touré, fils d'esclave fut aussi par la suite marchand d'esclave et chose surprenante, plusieurs de ses fils se battirent dans l'armée Française.

Dans la région entre Siguiri et Bamako, il existe plusieurs sites où les habitants se cachaient pour échapper au troupes de Samory. Ainsi, effacer la sinistre page de l'esclavage et celle de la colonisation, c'est effacer une partie de l'histoire européenne mais aussi une grande partie de l'histoire Africaine.

Il serait donc totalement utopique et néfaste de vouloir gommer totalement cette période de l'histoire.

Ainsi, que ce soit Béhanzin (Roi d'Abomey), Samory Touré, Tippo Tip (Au Katanga), Raba au Tchad, toute l'histoire de l'Afrique de l'Est, de l'Egypte jusqu'à Zanzibar, seraient totalement effacés de l'histoire sélective. Et finalement sur 3000 ans d'histoire du monde, il ne resterait plus que la lutte des suffragettes envers la PMA, la GMA et l'égalité des genres.

VICOMTE AIME OLIVIER DE SANDERVAL

Ingénieur, issu d’une lignée de capitaines d’industrie de la bourgeoisie lyonnaise, Sanderval a inventé la roue à moyeux suspendus. Mais Olivier de Sanderval est un utopiste qui situe en Afrique le nouvel âge de l’humanité : « L’humanité, dans la race blanche n’est pas au terme de son progrès ! (...) nous ne sommes pas toute l’humanité, nous n’en sommes qu’une branche. » Son rêve : obtenir des terres dans le Fouta Djalon, y fonder son royaume.

Paysage du Fouta Djalon


Fin 1879, il part pour le Fouta Djalon, un royaume théocratique et fédéral, au centre de l’actuelle Guinée. Pas à pas, entre fièvres et agonies, intrigues et tentatives d’empoisonnement, il pénètre le monde peul. Il apprend à ruser au pays où la duplicité est signe de raffinement. Le poulakou, la sagesse peule, enseigne que vivre, c’est se gruger les uns les autres : « Ici, on naissait rusé ou maudit, roi ou rien du tout. » Alors, il sera roi, roi de Kahel, un petit territoire des hauts plateaux, et seigneur peul selon la volonté de l’almami de Timbo, chef suprême peul.
Tandis que le roi du Portugal lui décerne le titre de vicomte de Sanderval et que le Tout-Paris s’arrache ses carnets de voyage parus dans la presse, le gouvernement français le prend pour un fou et refuse de reconnaître les traités qu’il a signés. L’ère des explorateurs a pris fin et, dans le partage du monde entre les grandes puissances européennes, il n’y a pas place pour l’utopie.

L’Afrique se fera sans Sanderval et sans les Africains.


Aimé Olivier de Sanderval a imprégné la mémoire guinéenne, laissant son nom au plus vieux quartier de Conakry, Sandervalia, « chez Sanderval » en soussou situé au bout de la presqu'île de Kaloum.

Par sa dimension tragique, il prend place dans l’univers littéraire africain. Tierno  Monénembo a su, tout en restant fidèle à la réalité historique, donner à son protagoniste l’étoffe du héros romanesque. Son écriture est tout aussi poétique que théâtrale, aux frontières de l’histoire, du roman épique et du conte initiatique.
Entre 1880 et 1919, il effectue cinq séjours au Fouta-Djalon, décrivant dans ses carnets de voyages la splendeur de la civilisation Peul, carnets qui sont repris dans certains journaux français de l'époque.
Avec sa devise « les connaître plutôt que les combattre » et à l'opposé de la colonisation qui suit (et qui cherche en partie à le faire passer pour un « illuminé »), Olivier de Sanderval ouvre un dialogue d'égal à égal avec l'élite Peul qui lui confère le titre de « roi » lui donnant l'autorisation de battre monnaie à son effigie) et lui cédant des terres sur le plateau de Kahel qu'il va alors essayer de mettre en valeur.

Monnaie frappée par Sanderval


Il rêve de faire traverser le pays peul par un chemin de fer. Il comprend très vite l'ambivalence des colonisations anglaise et française. Finalement son projet n’aboutira pas, en grande partie du fait de l'administration Française de l'époque. Il reviendra en Guinée jusqu'en 1919.

Il existe une sorte de fascination romantique pour ces destinées d'aventuriers plus ou moins illuminés et mégalomanes qui vécurent jusqu'au bout ce que d'aucuns appellent leurs rêves d'autres leur folie.

A lire absolument : Le roi de Kahel de Tierno Monénembo

Vue de la case et de l'arbre qui l'abrite. A l'époque de Sanderval, il n'y avait que la brousse.

Vue de la case et de l'arbre qui l'abrite. A l'époque de Sanderval, il n'y avait que la brousse.

Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Vues de la case à Sandervalia sur la prequ'île de Kaloum à Conakry

Vues de la case à Sandervalia sur la prequ'île de Kaloum à Conakry

A côté de la case on peut voir une statue de félin terrassant un crocodile. D'après les informations locales, cette statue serait à cet emplacement depuis le début, fait difficilement vérifiable.

On remarquera la touche de personnalisation locale. La bouteille de Coca Cola était ici fortuitement, elle n'a pas été placée exprès dans un but d'un quelconque sponsoring sublminal.

Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres

SAMORY TOURE

Né vers 1840 sur la rive droite du Niger, Samory Touré est le fils de Lanfia Touré et de Sonka Camara. Il a été commerçant, puis soldat dans l’armée du marabout Birama Sory, qui avait capturé sa mère (on lit aussi qu’il aurait été capturé enfant lors d’une razzia puis vendu à un marabout nommé Mora qui l’aurait utilisé comme négociant). Un fois libéré Samory commence à faire la guerre pour son compte et, progressivement, se constitue une armée puissante, organisée et redoutée, qui compte les célèbres sofas, soldats en uniforme. De 1870 à 1875, il étend son autorité religieuse, militaire et politique sur une vaste région qui s’étend de la haute-Guinée au sud du Mali. De fait, Samory est associé à l’histoire du Sénégal autant qu’à celle de la Guinée, du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Haute-Volta (Burkina Faso) et du Ghana. A partir de 1881 et l’attaque de Kita, les heurts avec les Français vont se multiplier. Les autorités coloniales le considèrent comme un grand pourvoyeur d’esclaves et supposent qu’il en tire sa très grande richesse. Après sa défaite à la bataille de Fatako-Djingo en 1887, il consent, en gage de paix, à envoyer son fils Karamoko Diaoulé à Paris, comme “otage” et ambassadeur. A son retour, jugeant celui-ci trop favorable aux positions françaises, il l’emprisonnera en le privant de tout contact et de toute nourriture jusqu’à sa mort. A partir de 1891, la lutte de Samory avec les Français est sans merci. Refoulé par les colonnes françaises, il pratique une guerre de résistance, mobile et stratégique et, comme ses adversaires, une politique de la terre brûlée. Traqué et en proie à l’hostilité de plusieurs tribus guinéennes, il est finalement capturé en 1898 dans le village de Guélémou en Côte d’Ivoire, puis déporté au Gabon, via Saint-Louis, où il meurt deux années plus tard, en 1900. Bien qu’il fut un grand résistant, l’histoire ne s’arrêtant pas, 23 de ses fils ont combattu pour la France, parmi lesquels 5 sont morts au combat pendant la guerre de 14-18.

Samory Touré est considéré comme un héro en Guinée. Un camp militaire porte son nom à Kaloum

On distingue la statue de Samory au centre de l'image

Buste au musée de Conakry

Buste au musée de Conakry

AUTRES HEROS GUINEENS

Bokar Biro Barry ou Boubacar Biro fut le dernier souverain indépendant de l'imamat du Fouta-Djalon. Il mourut lors de la bataille de Porédaka, lorsque ses forces furent détruites par l'artillerie française.

Bokar Biro Barry ou Boubacar Biro fut le dernier souverain indépendant de l'imamat du Fouta-Djalon. Il mourut lors de la bataille de Porédaka, lorsque ses forces furent détruites par l'artillerie française.

Alpha Yaya Diallo (1830 - 10 octobre 1912) est un guerrier peul connu sous le nom de « roi » de Labé, l'une des provinces du Fouta-Djalon.

Alpha Yaya Diallo (1830 - 10 octobre 1912) est un guerrier peul connu sous le nom de « roi » de Labé, l'une des provinces du Fouta-Djalon.

Ahmed Sékou Touré : Premier Président de la République de Guinée de 1958 à 1984

Ahmed Sékou Touré : Premier Président de la République de Guinée de 1958 à 1984

MONUMENTS VISIBLES DANS LA COUR DU MUSÉE

Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Statue du Gouverneur - Général Ballay. Au dessus, carte postale d'époque.

Statue du Gouverneur - Général Ballay. Au dessus, carte postale d'époque.

J'ai retrouvé une carte postale représentant un des monuments. Visiblement, il a été déplacé

Il est intéressant de remarquer l'attitude bienveillante et paternaliste du gouverneur.

On appréciera sur les détails ci-dessous l'esthétique des statues.

Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Vue de derrière

Vue de derrière

Au pied du grand arbre, on distingue une statue dans la végétation (On voit le bras au centre et le socle en bas de la photo.)

Au pied du grand arbre, on distingue une statue dans la végétation (On voit le bras au centre et le socle en bas de la photo.)

George Poiret - Gouverneur

George Poiret - Gouverneur

Conakry, Sanderval, Samory Touré et bien d'autres
Monseigneur Lerouge : Evêque de Guinée.

Monseigneur Lerouge : Evêque de Guinée.

Victor Le Moal : Médecin

Victor Le Moal : Médecin

Marianne : Symbôle de la république Française

Marianne : Symbôle de la république Française

Carte postale retrouvée dans des affaires de famille et qui fut envoyée à une de mes arrières grandes cousines. Malheureusement, je n'ai pas pu identifier l'expéditeur. Elle date de 1905. Peut être avait il connu Sanderval ?

Ancienne maison coloniale de Kaloum

Ancienne maison coloniale de Kaloum

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Commenter cet article

doume 16/05/2021 23:37

Merci à toi Broussard de faire resurgir notre passé, et merci au peuple Guinéen d'avoir préservé ces sculptures, bronzes (?), constructions, mausolées, bâtiments, etc... !

Julio Von Gepetto 22/05/2021 12:34

Effectivement, c'est une bonne idée de la part de la Guinée d'avoir rassemblé ces vestiges au même endroit que les souvenirs des personnages historiques de la Guinée.