Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Julio Von Gepetto

 

La traite négrière arabo-musulmane en Afrique a duré 13 siècles. Elle a été qualifiée de « génocide voilé » par l'anthropologue sénégalais Tidiane N'Diane.

 "Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane, pour que les jeunes arabes ne portent pas sur leur dos, tout le poids de l'héritage des méfaits des arabes " : Christiane Taubira à l'Express le 4 mai 2006

Il y a longtemps que j'envisageais de faire un article sur l'esclavage et la traite négrière en Afrique. Mon passage à Bordeaux me décida, d'autant plus que le Musée d'Aquitaine est très bien documenté sur ce sujet.

Evidement, cet article se situe à l'opposé de la culture woke à la mode actuellement chez tous les repentants.

Mais qu'en est il exactement ?

LES 3 TYPES DE TRAITES

Le terme « traites négrières », ou « traite des nègres » ou « traite des noirs », désigne le commerce d'esclaves noirs déportés d'Afrique durant près de treize siècles, phénomène historique en raison des dizaines de millions de victimes déportées d'un continent à l'autre. 

Trois types de traite négrière ont abouti à la déportation de plusieurs millions de personnes, selon des estimations parfois contestées, et concernent des périodes de longueur très différentes. La traite orientale, dont la traite dite arabo-musulmane était la composante principale (17 millions de déportés, sur 13 siècles), la traite intra-africaine (14 millions de déportés), et la traite atlantique (12 millions de déportés, dont 90 % sur 110 ans, principalement au XVIIIe siècle). La traite orientale et la traite intra-africaine ont eu leur apogée au XIXe siècle.

LA TRAITE ARABO-MUSULMANE

Or, si la traite occidentale a duré 3 siècles, la traite arabo-musulmane, elle, s'est étendue sur 13 siècles. Dès les débuts de l'Islam, au 7e siècle, elle s'est répandue dans tout le Maghreb d'où partaient des caravanes qui traversaient le Sahara pour ramener des esclaves noirs de la côte subsaharienne. Tombouctou fut une plaque tournante de cette traite qui déclina au plus fort de la traite occidentale, avant de reprendre de plus belle après les abolitions en Europe. Avec l'extension de l'Empire ottoman en Afrique du Nord, traite et esclavage restèrent florissants et des villes comme Alger, Tunis ou Tripoli, offrant de grands marchés d'esclaves, alimentés par des raids terrestres et également maritimes puisque d'elles partaient les pirates barbaresques pour razzier des esclaves chrétiens sur les rives nord de la Méditerranée. La traite arabo-musulmane a concerné pratiquement tout le territoire africain au nord du Zambèze, se divisant en plusieurs volets : transsaharien, sahélien, nilotique, et le moins connu, la traite zanzibarite qui saigna à blanc toute la région des lacs à partir de Zanzibar.

Esclaves à Zanzibar à la fin du XIXéme siècle alors qu'en Europe, la traite fut interdite en 1815.

On notera que la traite arabo-musulmane dans l'est de l'Afrique a été la plus longue, celle qui a engendré le plus de déportés et fut la plus meurtrière. 

La croisette fut utilisée comme monnaie pour acheter des esclaves au Katanga (Afrique Orientale)

LA TRAITE INTRA AFRICAINE

La traite intra-africaine interne aux différentes régions d'Afrique fut la seconde au niveau des dégâts infligés au continent Africain. Elle était le fait des Africains eux-mêmes. Il en reste des séquelles en Mauritanie et au Mali, particulièrement dans la région de Kaye.

L’esclavage est très répandu dans les zones sahéliennes. Contrairement à la Mauritanie, au Tchad, au Niger ou au nord du Mali, ce n’est pas un groupe ethnique qui en asservit un autre dans la région de Kayes et dans le reste du sud du Mali. C’est un esclavagisme par ascendance, lié à l’hérédité, qui s'apparente à un système de castes. Dans la région de Kayes, des communautés entières sont victimes de violations de leurs droits. 

La capture des futurs esclaves était une affaire purement africaine (sauf au début de la traite Atlantique). Les esclaves étaient vendus entre africains contre de l’or dont profitaient les rois africains (Bénin, Congo, Angola). Ces esclaves étaient soit des asservis de naissance, soit des prisonniers de guerre pris et vendus par des peuples voisins, soit des condamnés et punis pour crimes et délits, enfin certains enfants étaient vendus par leur famille ou abandonnés. 

Lors de la traite atlantique, les Africains vendaient les esclaves aux Européens contre des armes, des chevaux, textiles, alcool, Cauris...

 

LA TRAITE OCCIDENTALE (Atlantique)

La traite due au commerce triangulaire faite par les Européens fut la dernière en terme de déportés. C'est aussi celle qui durera le moins longtemps. Et cependant, on ne parle que de celle-ci.

La traite occidentale, partie émergée de l'iceberg, a duré moins de 3 siècles : elle a commencé à la fin du 15e siècle pour les Portugais, mais beaucoup plus tardivement pour la France puisque le premier bateau négrier, l'Union, partit de Nantes en 1707. Elle s'est terminée un siècle plus tard pour la France, qui, comme la plupart des autres nations européennes, a aboli la traite à la suite du congrès de Vienne de 1815. La traite négrière arabo-musulmane en Afrique a duré, elle, 13 siècles. Elle a été qualifiée de «génocide voilé» par l'anthropologue sénégalais Tidiane N'Diane qui écrit : «Bien qu'il n'existe pas de degré dans l'horreur ni de monopole de la cruauté, on peut soutenir […] que le commerce négrier et les expéditions guerrières provoquées par les Arabo-musulmans furent, pour l'Afrique noire et tout au long des siècles, bien plus dévastateurs que la traite atlantique».

Note : L'esclavage fut aboli une première fois le 4 février 1794. Puis Napoléon le rétablit en 1802.  La traite fut abolie en 1815 (Théoriquement mais la traite continua jusqu'en 1830) puis l'esclavage définitivement interdit en 1848.

(Note : En 1802, une grande partie de l'économie française dépend des plantations de cannes à sucre dans les colonies. La France est sur le point de signer la paix avec l'Angleterre. La Martinique est au cœur des négociations, l'esclavage est maintenu pour ne pas fâcher les Anglais, qui redoutent de voir des révoltes d'anciens esclaves "faire tache d'huile" dans leurs propres colonies, explique Thierry Lentz, historien.)

LA TRAITE BARBARESQUE

Il y eu aussi des traites d'esclaves commises par les pirates Barbaresques, cependant les victimes furent essentiellement Européennes, donc blanches. C'est le débarquement de l'armée Française le 14 Juin 1830 qui mis fin à ce type d'esclavage.

Traitements affligés aux esclaves par les pirates Barbaresques

A noter aussi la réflexion de Mme Taubira (Candidate malheureuse à la présidence Française) concernant la traite Arabo-musulmane :

 "Il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane, pour que les jeunes arabes ne portent pas sur leur dos, tout le poids de l'héritage des méfaits des arabes " 

Autant d'objectivité, ça laisse rêveur pour une candidate à la présidence Française!

BORDEAUX ET LA TRAITE ATLANTIQUE

Le port de Bordeaux en 2022

Le port au XVIII ème siècle

Bateau Négrier

Tous les ports européens ont pratiqué la Traite négrière. En nombre d’expéditions, les ports anglais dominent largement ce marché : 4894 expéditions négrières partent de Liverpool, 2704 de Londres et 2064 de Bristol. En France, Nantes est le port négrier le plus important avec 1 714 expéditions répertoriées. Il est suivi d’assez loin par Bordeaux, La Rochelle et Le Havre-Rouen qui ont organisé chacun entre 400 et 500 expéditions.

La traite négrière à Bordeaux désigne la déportation, entre 1672 et 1837, de près de 150 000 esclaves noirs , organisée à des fins économiques depuis le port de Bordeaux. C'est peu comparé au 12 Millions de la traite occidentale...mais non excusable.

Ce n'est pas tant la Traite des Noirs qui enrichit Bordeaux que le commerce de denrées coloniales produites par les esclaves. (...). Bordeaux a donc plus vécu de l'esclavage dans les colonies d'alors que de la Traite des Noirs proprement dite, ce qui n'est pas plus moral. 

Bordeaux a, de manière incontestable, bâti sa fortune sur l’économie coloniale : sa prospérité a en effet été assurée par le développement d’un commerce en droiture avec les Antilles et par sa participation de plus en plus active à la traite négrière tout au long du XVIIIe siècle. Cette dynamique atlantique, loin de se limiter à l’économie, s’est également étendue aux personnes. Bordeaux se trouve de fait au centre d’importants flux de population au sein desquels on trouve une part non-négligeable d’Afro-descendants. Ce phénomène a été récemment réévalué à sa juste valeur : on estime ainsi que plus de 5.500 d’entre eux ont été amenés à résider de manière plus ou moins longue à Bordeaux entre le début du XVIIIe siècle et la période napoléonienne.

La très grande majorité de ces Afro-descendants sont esclaves : arrivés depuis les Iles où ils sont nés, plus rarement en provenance directe depuis l’Afrique, ils sont surtout destinés à être employés comme domestiques, en officiant comme cuisiniers, valets de chambre ou encore nourrice. Posséder un esclave est en effet synonyme de richesse et une grande partie des élites bordelaises, qu’ils soient négociants, capitaines de navire ou encore parlementaires, participe de ce phénomène : le recensement de 1777 fait ainsi état de près de 300 esclaves dans la ville, principalement concentrés au sein des quartiers les plus fortunés. L’emprise des maîtres sur leurs esclaves est particulièrement importante : les baptêmes, qui resserrent le poids de la famille autour de l’esclave, et les naissances récurrentes d’enfants métis hors-mariage reflètent ainsi les rapports de force déséquilibrés entre les deux parties.

Famille Bordelaise et nourrice noire

Il reste cependant possible de sortir de cette condition : bon nombre d’esclaves parviennent en effet à retrouver leur liberté, que cela soit en prenant la fuite ou en bénéficiant d’un affranchissement de la part de leur maître à Bordeaux. Une partie de ces nouveaux libres décide de rester dans la ville où ils peuvent continuer à être employés comme domestique, en recevant des gages, ou pour ceux ayant bénéficié d’un apprentissage, en exerçant un petit métier. Bordeaux a ainsi vu l’émergence d’une petite mais solide communauté de gens de couleur libres, habitant principalement autour du quartier de Saint-Seurin. Les actes de mariage et de baptême témoignent de leur intense activité sociale et de leur intégration au sein de la ville et de l’ensemble de ses habitants.

Certains ont des trajectoires de vie particulièrement exceptionnelles et se hissent au niveau des libres de naissance fortunés particulièrement présents à Bordeaux : ces derniers, quasi-systématiquement nés aux Iles d’un père aquitain, jouent de leur métissage pour s’intégrer au réseau des élites bordelaises, à l’instar de la famille Raimond. Bordeaux a ainsi été le théâtre d’une influente élite de couleur, dont les plus fiers représentants sont sans doute les Louverture qui s’installent dans la ville et sa région au début des années 1800. Le début du XIXe siècle marque la fin de cette première phase d’installation des Afro-descendants à Bordeaux, en raison de l’assimilation progressive des libres au reste de la population, du retour de nombreux créoles vers la nouvelle République d’Haïti et d’un certain durcissement du préjugé racial à l’époque napoléonienne.

 

VESTIGES DE L'ESCLAVAGE A BORDEAUX
Mascaron

Décoration vivace et fantaisiste par nature, le mascaron permet d'animer la rigueur géométrique des façades en s'intégrant aux décors architecturaux. Ils sont souvent apposés sur la clef de voûte des arcs des fenêtres ou des portes et sur les linteaux.

Mascarons au dessus des portes d'un bâtiment à Bordeaux.

La traite des Noirs
Les mascarons bordelais reflètent aussi l'histoire de la ville avec la reproduction de visages africains en référence à la traite des Noirs.

Les mascarons bordelais reflètent aussi l'histoire de la ville avec la reproduction de visages africains en référence à la traite des Noirs.

La traite des Noirs
 
 
Marthe Adelaïde Modeste Testas

L’esclave AL POUESSI, devenue Marthe Adelaïde Modeste Testas après son baptême, appelée Modeste Testas, fut achetée adolescente par deux frères bordelais Pierre et François Testas qui avaient un négoce à Bordeaux.

Originaire d’Afrique orientale, elle avait été capturée avec sa mère dans une razzia en Afrique par une tribu ennemie en revenant d’un pèlerinage, puis conduite en Afrique occidentale dans le cadre des traites au sein de l’Afrique, d’où elle fut déportée.

Les frères bordelais Pierre et François Testas possédaient une sucrerie et des maisons à Jérémie, sur l’île de St Domingue. François Testas dirigeait la propriété à St Domingue. Pierre Testas gérait à Bordeaux la vente du sucre et du coton, et habitait rue Huguerie.

La date de l’achat d’AL POUESSI par les Testas se situe vraisemblablement entre 1778 et 1781, année de son baptême.

En 1781, François Testas fait transporter AL POUESSI à Jérémie, dans la propriété qu’il dirige. Elle est alors âgée de 16 ans. Il la fait baptiser Marthe Adélaïde Modeste. Elle reçoit le nom de la maison à laquelle elle est attachée, Testas. Elle ne portera plus jamais son identité de naissance. AL POUESSI devenue Modeste Testas fut à la fois l’esclave et la concubine de François Testas.

En 1795, durant l’occupation de Grand’Anse par les Anglais, François Testas amena les esclaves Modeste Testas et Joseph Lesperance avec lui à New York, avec d’autres esclaves. Malade, François Testas mourut à Philadelphie. Avant de mourir il consigna dans son testament la volonté d’affranchir les esclaves qu’il avait amenés avec lui à Philadelphie.

Le 13 juillet 1795, en application du testament Modeste Testas devint libre et reçut un héritage de François Testas composé de 51 carreaux de terre (Environ 1000 m²). La volonté de François Testas fut qu’elle prenne pour conjoint Joseph Lesperance, son ancien esclave de confiance.

En 1870, Modeste Testas décède à l’âge de 105 ans sur les terres qu’elle avait reçu de l’héritage de François Testas. De 1888 à 1889, son petit-fils, François Denys Legitime fut président de la République d’Haïti.

 

 

Marie-Thérèse Reyne

Marie-Thérèse Reyne est l’incarnation parfaite d’un certain parcours de vie, que l’on retrouve chez plusieurs Afro-descendants de Bordeaux. Elle naît esclave dans l’habitation des Pirly au Dondon (près du Cap Français, Haïti) entre 1740 et 1746 et arrive à Bordeaux âgée d’une vingtaine d’années au service de Marie-Thérèse Richard, épouse Pirly, qu’elle va servir comme domestique. Le 8 novembre 1774 elle est affranchie et est couchée sur son testament avec 300 livres de rente annuelle. Ce n’est cependant qu’au décès de cette dernière en 1779 qu’elle devient véritablement libre. Elle profite de cette nouvelle condition pour épouser à près de 40 ans Bernard Rigolet, un autre affranchi bordelais. Lors de la signature du contrat de mariage, elle apporte 1.000 livres en dot, issues de ses économies et des dons de la dame Pirly. Elle obtient également, grâce à la coutume de Paris, de pouvoir disposer de sa rente annuelle sans l’approbation de son mari : cette attitude est loin d’être une exception de nombreuses femmes libres de Bordeaux se montre également de très bonnes gestionnaires. Avec son mari, elle se trouve au centre d’un important réseau de solidarité, comme le prouve les nombreux enfants noirs ou métis qu’ils parrainent. Après la mort de son mari à Bordeaux en 1799, elle retourne à Saint-Domingue où ils ont pu acheter une propriété.

 

J'ai fouillé internet à la recherche de telles histoires concernant la traite Arabo-musulmane....

Je n'en ai pas trouvé!

Si Mme Taubira en a, je suis preneur.

Note sur la traite Zanzibarite 

Ce sont les témoignages des explorateurs britanniques qui vont révéler l'existence de la traite zanzibarite. Les deux premiers, John Hanning Speke et Richard Burton partent de Zanzibar et découvrent une ville commerçante prospère, avec de riches demeures et des palais, mais très insalubre, avec ses cadavres d'animaux et d'esclaves dans les rues et sur le rivage. Elle possède un grand marché aux esclaves - créé en 1811 - dont le spectacle bouleverse Speke du fait de l'extrême brutalité de traitement des esclaves. Sur le marché, hommes et femmes défilent nus, les femmes doivent se prêter à toutes sortes d'examens corporels intrusifs ; pour les hommes, une épreuve supplémentaire consiste à les attacher à un arbre au milieu de la place et à les fouetter avec les branches d'un épineux, pour mesurer leur résistance à la douleur. Jusqu'à sa fermeture en 1873, Zanzibar sera le cœur de la traite orientale.

 

Note sur le commerce triangulaire (Traite Atlantique)

 

TIDIANE N'DIAYE 

Écrivain, il est notamment l’auteur du Génocide voilé, un essai consacré à la traite arabo-musulmane, qui décima l’Afrique du VIIe au XXe siècle.

Dans cet ouvrage — premier essai d'un chercheur africain dont les travaux ont été nommés au Prix Renaudot essais en 2008 —, il montre que la traite transsaharienne et orientale a été beaucoup plus meurtrière que la traite transatlantique, pratiquée par les Occidentaux. Il en veut pour preuve que « pour 9 à 11 millions de déportés lors de cette traite, il y a aujourd’hui 70 millions de descendants. La traite arabo-musulmane, elle, a déporté 17 millions de personnes qui n’ont eu que 1 million de descendants à cause de la castration massive pratiquée pendant près de quatorze siècles ». N'Diaye explique ainsi pourquoi « la fracture raciale est réelle en Afrique ». 

La traite des Noirs

Lien de la vidéo correspondante sur ma chaine You Tube :

Le bois d'ébène

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article